3. Aux sources des « Contes »
Jusqu'ici, cependant, pas question de contes. Le plus curieux est bien de constater qu'Andersen ne semble pas y avoir songé pour asseoir cette célébrité dont il était et restera tant assoiffé. Homme de théâtre, poète et romancier, telles étaient ses ambitions avouées. Comment donc a-t-il été révélé à lui-même ? Trois éléments y ont certainement contribué. Le premier nous est donné par le titre même qui l'a fait connaître du grand public : l'improvisateur. De son propre aveu, ratifié par les témoignages de ses contemporains, Andersen savait merveilleusement narrer des histoires ou lire ses manuscrits ; il était passé maître dans l'art d'improviser sur un thème donné. Facilité, chaleur, mouvement, émotion, il avait tout ce qui fait l'art du conteur, art éminemment oral que stimule la présence d'un auditoire. Son affection pour le petit peuple et pour les enfants, pour leur univers pittoresque, est bien connue. Enfin, ses origines autant que les impératifs du romantisme ambiant l'orientent depuis longtemps vers les récits populaires, les légendes léguées par la tradition orale, folkeviser, vers tout ce qu'on appelle folklore. Il est probable que c'est par pure fantaisie ou par amusement qu'il se met, en 1835, à écrire en Italie ses premiers contes, ne se doutant guère que ce seraient eux qui allaient le rendre célèbre. Car son premier livre, Contes pour les enfants (Eventyr fortalte før Børn, 1835), rencontre immédiatement un succès étonnant. On connaît mal, de nos jours, encore, la littérature danoise et même l'œuvre d'Andersen dans son ensemble, mais les Contes ont fait cent fois le tour du monde, ils ont été traduits – et souvent plusieurs fois – en quatre-vingts langues, et les rééditions, traductions nouvelles, éditions illustrées, adaptations enregistrées ou cinématographiques n'ont jamais cessé. Aucun conteur antique, aucun florilège populaire, et les Mille et Une Nuits même, ne les dépassent en popularité. Ils ont le rare mérite d'être direct […]
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