Quand la psychologue suédoise Ellen Key publia Le Siècle de l'enfant en 1900, elle revendiquait pour ce dernier, dans le champ du savoir, une place que d'autres « objets » scientifiques auraient facilement occupée à eux seuls. Les sciences humaines en général ont eu, depuis lors, un certain mal à se faire admettre dans cet empire des connaissances où le prestige semblait plutôt devoir revenir a des disciplines techno-scientifiques, telles que la biologie génétique ou la physique des particules.
Toujours est-il que les conquêtes préparées par des pionniers comme Édouard Claparède ou Alfred Binet sont acquises : du xxe siècle, on dira aussi bien qu'il fut celui de l'enfant que celui de l'atome. Dans chacun de ces domaines, le savoir, après quelques découvertes explosives, véritables moments de rupture avec l'ignorance ou l'enlisement du passé, progresse selon cette méthode cumulative qui consiste à engranger inlassablement de nouvelles connaissances, tempérées au besoin, si l'objet en est la réalité humaine, par un certain primat de la compréhension sur l'explication. De l'enfant, on « connaît » mieux désormais non seulement le développement psychomoteur, l'évolution de l'affectivité depuis la petite enfance, la constitution difficile en tant que sujet parlant, mais aussi sa lente émergence dans l'histoire des sociétés comme sujet de soins, d'éducation et, enfin, de droits. Et, pour chacun de ces aspects, des étapes ont été repérées, subdivisées, comparées.
Cette connaissance de l'enfant toutefois, ou plutôt ces sciences, au niveau du moins de leur intentionnalité la plus courante, portent encore souvent la marque de la problématique adulte et semblent souvent hésiter à opérer les retournements qui modifieraient la relation traditionnelle entre l'adulte et l'enfant. Certes, on s'est bel et bien mis à considérer ce dernier en lui-même, on s'intéresse à lui non comme à une ébauche de l'homme, mais pour ce qu'il est à chaque âge, non plus seulement en raison de sa grâce ou […]
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