L'écrivain Steen Steensen Blicher appartient de fait au romantisme danois. Mais, comme les exemples d'Oehlenschlaeger ou du Suédois Tegnér le prouvent, un certain type de romantisme échevelé (fondé sur l'imagination) ou éthéré (nourri par le sentiment) ne correspondait probablement pas au véritable tempérament scandinave, trop réaliste ou pragmatique. Et ce chasseur fanatique, très proche de la nature, en est un bon exemple. Sa vie n'eut rien d'exemplaire : pasteur raté, mari malheureux, il connut de telles difficultés matérielles qu'il sombra dans l'ivrognerie avant de mourir de tuberculose. Mais son génie méritait mieux et l'époque actuelle lui rend enfin justice. Après avoir dûment sacrifié aux impératifs de son temps, en imitant Ossian qu'il traduisit en danois et en composant, sur ce modèle, des poèmes qui font entrer le Jylland dans les lettres de son pays, il produit un chef-d'œuvre, le recueil de poèmes Les Oiseaux migrateurs (1838) où les évocations du « concert de la nature » se doublent d'une belle mélancolie : nous sommes tous oiseaux migrateurs, en quête d'ailleurs, et de passage. Puis il s'affirmera progressivement comme le plus grand maître danois de la n […]
