4. L'univers des « Contes »
Les thèmes les plus fréquents des Contes d'Andersen sont si profondément humains qu'ils nous concernent tous. Ils disent le malheur d'être un inadapté, comme nous le sommes indistinctement, selon la conception romantique du destin que nous portons au fond de notre cœur ; ils déplorent l'incapacité de jouir pleinement du moment de bonheur qui nous est offert et peut-être ne reviendra plus ; ils maudissent en secret cette prédestination au malheur, à la mort, qui est en nous. Ils savent opposer tragiquement nos rêves inassouvis à la cruelle réalité. La Petite Fille aux allumettes, c'est chacun de nous, qui brûlons notre vie à la flamme de nos rêves d'enfance, pour oublier la réalité qui nous tuera. En dernière analyse, le génie d'Andersen est pessimiste, et certains contes atteignent à un désespoir profond, comme L'Ombre au titre éloquent. Il faut le souligner, pour manifester sans équivoque que la naïveté, au sens péjoratif du terme, et la fadeur ne sont pas les traits caractéristiques des Contes d'Andersen.
Le trait caractéristique, il faut le chercher dans la bonté, mais une bonté qui n'a rien d'aveugle. Simplement, elle se refuse à croire à la perversité foncière de l'homme ou à l'irrémédiable déchéance de sa condition. La Reine des neiges dit avec une particulière éloquence cette croyance dans la victoire finale de la bonté, de la beauté, de l'harmonie. C'est en ce sens que l'on peut parler de la naïveté d'Andersen : dans la mesure où il a su conserver la fraîcheur de son regard d'enfant, prompt à imaginer, à s'émerveiller, à transfigurer les apparences, toujours rempli d'étonnement admiratif devant les splendeurs que lui offre la vie, à lui qui sait la regarder sans œillères. Ce qui rend Andersen immédiatement sympathique, c'est cet amour de la créature humaine, cette émotion devant la nature vivante, devant tout ce qui existe en vérité. Voilà pourquoi la frontière entre animé et inanimé est toujours vague chez lui. Les choses et les animaux sont p […]
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