5. Une longue autobiographie
Son avenir assuré, Andersen se livre à la plus grande de ses passions : le voyage. Il va sillonner l'Europe, revenant, comme à un port d'attache, à cette Italie qui l'a révélé à lui-même. On l'y reverra quatre fois, dont trois à Rome. Il fréquente les grands hommes du moment. Dickens surtout, son frère d'âme auquel il ressemble par l'art d'extraire le merveilleux du quotidien banal, et qui lui fera l'honneur de l'héberger cinq semaines en sa maison. Tous ceux qui ont parlé d'Andersen à cette époque-là présentent un portrait semblable : un homme timide et doux, extrêmement sensible aux flatteries comme aux critiques, à la fois vaniteux et humble, vaniteux parce que visiblement fier de sa réussite – n'a-t-il pas dit : « Ma vie est un beau conte » ? –, humble parce que tourmenté et peu sûr de lui, d'esprit très vif mais ne donnant toute sa mesure qu'en présence d'un auditoire ; un cœur assez féminin, en somme, et toujours tellement ardent à s'expliquer, à se justifier, à se raconter.
Car son œuvre romanesque n'est, nous l'avons dit, qu'une longue autobiographie, et c'est là son principal intérêt. O.T. (1836), Rien qu'un violoneux (Kun en Spillemand, 1837), Le Livre d'images sans images (1840), Les Deux Baronnes (De to Baronesser, 1848), Peer le Chanceux (Lykke Peer, 1870), s'ils n'ajoutent rien à sa gloire, nous permettent de le connaître avec un grand luxe de détails. Il a même fait un essai naïf pour se présenter comme un poète philosophico-moral dans Être ou ne pas être (At vaere eller ikke at vaere, 1852), qui est un sacrifice à la mode du temps. Écrivain inlassable, il a consigné ses impressions de voyages dans des journaux et dans des récits de valeur inégale : Le Bazar d'un poète (En Digters Bazar, 1842), En Suède (I Sverrig, 1851), En Espagne (I Spanien, 1853), Une visite au Portugal (Et Besøg i Portugal, 1866). De même la veine – et la tentation – dramatique n'a jamais tari. Il a écrit de nombreux vaudevilles et des comédies dont aucune n'est passé à la post […]
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