Le folklore comme discipline est né à l'aube du xixe siècle. Alors que, dans la plupart des pays d'Europe, la réflexion folklorique a été préparée par un mouvement d'idées lié au préromantisme et opposé à l'esprit des Lumières, elle a surgi brusquement en France avec la fondation en 1804 d'une société savante, l'Académie celtique, qui se donna pour projet de recueillir les usages, les traditions, les dialectes populaires, les patois, les « monuments ». Grâce aux textes qu'elle publia, on peut comprendre les raisons de l'émergence de la réflexion folklorique en Europe à cette époque. La réflexion ethnologique est née, quant à elle, dès le xvie siècle, du choc affectif et intellectuel provoqué par la découverte du Nouveau Monde ; l'ethnologie put dès lors se développer en raison de la distance spatiale qui s'interposait entre l'observateur et le champ de ses observations. Les traditions populaires, qui, jusqu'à la fin du xviiie siècle, étaient considérées comme des superstitions par les théologiens et comme des aberrations de l'esprit humain par les humanistes, devinrent un objet digne d'intérêt à condition qu'elles fussent éloignées non pas dans l'espace, mais dans le temps. Hissées au rang de vestiges d'une antiquité nationale, elles sont alors regardées à la fois comme dignes du plus grand respect et comme dépourvues d'un sens interne, puisque celui-ci s'est évanoui avec la disparition du système social et religieux dont elles faisaient partie. « Des superstitions aux survivances », cet a priori a pesé lourd dans l'histoire du folklore comme discipline, une discipline qui s'est élaborée sur des bases en partie scientifiques, en partie idéologiques. En revanche, le contenu même du folklore, dans sa réalité actuelle, est de nature mythique, non qu'il constitue une mythologie organisée en système, mais plutôt un matériau mythique avec lequel on peut créer des formes diverses à fonctions multiples : croyances, pratiques, rituels, contes, légendes, etc. C'est en ce sens qu'il faut c […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 18 pages…



