2. L'infinitisation de l'Univers
La révolution intellectuelle que G. Bruno tenta d'opérer pour repenser les rapports de l'infini et du fini n'est qu'un effort d'unification de la pensée, sans concession à quelque autorité que ce soit.
Aristote avait fondé son finitisme cosmologique sur des arguments rationnels, mais aussi sur des données d'observation. C'est cet attachement aux évidences sensibles que dénonce Bruno. Non qu'il répudie les enseignements de la perception, mais il estime qu'ils doivent être soumis au jugement de l'intellect : « C'est à l'intellect [intelleto] qu'il appartient de juger et de rendre compte des choses que le temps et l'espace éloignent de nous. » Nos sens ne peuvent appréhender que les objets qui sont à leur portée : ils « confessent leur faiblesse [...] en produisant l'apparence d'un horizon fini, apparence d'ailleurs toujours changeante ». C'est ce phénomène d'horizon que Bruno analyse en évoquant, dans un célèbre passage du De immenso et innumerabilibus (1591), un souvenir d'enfance : « Je croyais, écrit-il, qu'il n'y avait plus rien au-delà du Vésuve, car il m'était impossible d'apercevoir quelque chose par-delà. » L'horizon semble enclore dans son confinement circulaire le monde perçu ; pourtant, nos déplacements nous font franchir cette limite, qui n'a donc pas d'existence absolue. Il n'y a pas d'horizon en soi, mais toujours pour un observateur : c'est en quelque sorte le corrélat de la limitation des sens. Le phénomène d'horizon ne cesse d'accompagner les déplacements de l'observateur, qui le situent au centre de sa propre perspective. Ainsi le confinement circulaire de l'horizon perceptif résulte bien de la projection de la finitude de nos sens, et non pas de la structure de l'Univers.
Une telle expérience nous enseigne à la fois la détermination distincte d'une limite et le franchissement de cette limite ; celui-ci suscite en nous la pensée d'une « avancée au-delà » que rien ne peut réprimer ou contenir. Toutefois, cela ne signifie pas que l'id […]
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