Jamais les festivals n'ont été si nombreux ni si populaires. Jamais ils n'ont concerné autant de domaines artistiques – de l'opéra au cinéma, en passant par le théâtre, la danse et les arts plastiques. Identifiés à un lieu et à une régularité dans le temps, initialement tournés vers un public de connaisseurs, ils ont su, à partir de la seconde moitié du xxe siècle, séduire un public plus large, au risque de passer de la célébration initiale de l'art au pèlerinage et au « show » culturel. Parallèlement, leur poids économique et leur rôle dans la vie culturelle d'une région n'ont cessé de prendre de l'ampleur. En cela aussi, les noms de Cannes, Avignon ou Salzbourg sont bien des exemples de la médiatisation de l'art.
1. Les festivals d'opéra
Les ouvrages lyriques s'inscrivent dans le temps, mais aussi dans l'espace. Ils sont liés à quelques hauts lieux où ils furent créés ou connurent leurs plus légendaires représentations. Il arrive même que certains compositeurs ne puissent plus être séparés du temple lyrique qui a été élevé à leur culte : imagine-t-on Wagner sans Bayreuth ou Mozart sans Salzbourg ?
En matière d'opéra, quatre lieux – qui ont chacun leur identité et leur âme – sont, par les événements et les artistes qui ont fait leur gloire, emblématiques ; il s'agit (dans l'ordre chronologique de leur création) de Bayreuth, en Allemagne, de Salzbourg, en Autriche, de Glyndebourne, en Angleterre, et d'Aix-en-Provence, en France.
• Le festival de Bayreuth
Pour Richard Wagner (1813-1883), un festival représente une utopie sociale plus qu'une réalité artistique. Dès 1848, il envisage une réforme de l'Opéra de Dresde – le Königliches Sächsisches Hoftheater, encore appelé Semper Oper – avec pour principe sa démocratisation. Puis, dans son exil suisse, entamé en 1849, il élabore un projet de théâtre pour Zurich, dans lequel il insiste sur le mot « Fest », qui désigne en allemand autant le caractère festif d'une manifestation que sa dimension solennelle. Sa cible principale est alo […]
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