Événement majeur de la vie cinématographique et culturelle mondiale, le festival international du film de Cannes relève également de la chronique mondaine et, parfois, de la gazette scandaleuse. Il a longtemps été le terrain d'élection de tous les paparazzi du globe, et cet aspect n'a pas peu contribué à un succès sans cesse croissant. Pourtant, plutôt que les ébats complaisamment photographiés de Robert Mitchum avec une starlette dénudée ou que l'apparition discutée de Madonna, on retiendra le premier visage du festival, celui de la manifestation qui rendit célèbres Rossellini, Antonioni ou Alain Resnais (avec Hiroshima mon amour qui, s'il ne reçut aucun prix, n'en fut pas moins l'événement de 1959).
1. Des débuts difficiles
Tout a commencé à cause de Venise et de sa biennale, premier festival cinématographique mondial créé en 1932. Après quelques belles années, l'influence de Mussolini et de son encombrant allié allemand y étant devenue envahissante, Français, Britanniques et Américains décidèrent de créer un autre festival, qui ne serait plus tributaire des impératifs politiques de l'Axe. La France prit l'initiative et prépara une grande manifestation imitée de Venise. Sa première édition devait se tenir en septembre 1939, et on sait ce qu'il en advint. Mais l'idée ne fut jamais abandonnée : Pierre Billard a révélé comment, sous l'Occupation, elle resurgit avec un projet de festival en avril-mai 1942, approuvé par les officiels du moment.
C'est seulement le 20 septembre 1946 que le rideau peut enfin se lever sur ce festival tant attendu. Les conditions ne sont guère favorables, dans un monde de l'après-guerre qui panse des plaies encore fraîches. De fait, toutes les éditions du festival de Cannes jusqu'en 1951 se ressentent de ces circonstances difficiles, au point qu'en 1948 et en 1950 il n'y eut même pas de manifestation. Il reste que ces premiers festivals ont eu une grande importance. C'est en 1946, en effet, que le monde a la révélation du néo-réalisme italien avec Rome, ville ouverte de Rosse […]
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