Considéré au xviiie siècle comme « le Raphaël français », Le Sueur fut pendant longtemps une des plus grandes figures de l'histoire de l'art, l'égal au moins de Poussin et de Le Brun et l'un des fondateurs du classicisme. Mais il a connu, dès le milieu du xixe siècle, une désaffection progressive. Toute une légende sentimentale s'élabora autour de lui, le présentant comme un peintre pauvre et persécuté, tendre et pieux, une sorte de Fra Angelico parisien. Cette célébrité équivoque devait le faire taxer de mièvrerie et d'académisme – d'autant plus que beaucoup de ses œuvres avaient disparu ou s'étaient mal conservées, et que certaines avaient été imitées jusqu'à l'affadissement. Aujourd'hui seulement, le renouvellement des recherches sur le xviie siècle français fait réapparaître dans sa variété et sa complexité un art très concerté, toujours en évolution, dont le charme demeure intact.
1. L'élève de Simon Vouet (1635 env.-1644)
Né à Paris en 1616, Eustache Le Sueur appartient à un milieu d'artisans (son père était tourneur en bois). Des dons précoces et sans doute des attaches familiales lui permettent d'entrer vers 1632 dans le plus célèbre et le plus actif des ateliers de la capitale, celui de Simon Vouet, revenu d'Italie en 1627. Il y demeure plus d'une dizaine d'années et y reçoit une formation de peintre et de décorateur, qu'il complète – à défaut du traditionnel voyage à Rome – par la visite des palais royaux, comme Fontainebleau, et des premières grandes collections parisiennes, riches en tableaux italiens de la Renaissance et du début du xviie siècle.
Sa facilité et son lyrisme éclatent dès ses premières œuvres, peintes sous la direction de Vouet et d'après les dessins de celui-ci, notamment la série de modèles de tapisseries inspirés du Songe de Polyphile (cinq tableaux conservés : Getty Museum, Malibu ; musée de Tessé, Le Mans ; musée Magnin, Dijon ; musée des Beaux-Arts, Rouen ; Residenzgalerie, Salzbourg). Leur élaboration, échelonnée sur plusieurs années, permet de co […]
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