On peut définir l'émotion comme un trouble de l'adaptation des conduites. En délimitant une catégorie précise de faits psychologiques, cette définition exclut des acceptions trop vagues du mot « émotion », comme dans l'expression une « émotion esthétique », et plus généralement l'emploi du mot « émotion » comme synonyme de sentiment. Les sources de l'ambiguïté du concept d'émotion apparaîtront nettement par la suite ; mais on peut admettre dès l'abord cette définition si on veut bien reconnaître que subsumer sous un même mot la colère ou la peur et des sentiments de plaisir ou de déplaisir, c'est s'enfermer dans de faux problèmes et se condamner à la confusion intellectuelle.
Expliciter les troubles de la conduite que nous nommons émotion renvoie à une expérience complexe qu'il est difficile de décrire. L'expérience émotive est conscience de troubles de la perception et de la représentation, d'intenses sensations musculaires et viscérales, mais aussi de réactions émotives que nous saisissons dans notre comportement comme dans celui d'autrui.
Cette double face d'un émoi ressenti et d'intenses manifestations organiques a conduit les psychologues dualistes à poser de faux problèmes.
Jusqu'à William James (1884), on a dit que l'émotion était un trouble de la conscience, cause des désordres organiques. James, avec qui commence l'histoire moderne de l'émotion, a renversé la problématique. Il ne faut plus dire, écrit-il : « Je vois un ours, j'ai peur et je tremble », mais : « Je vois un ours, je tremble et j'ai peur. » Il y aurait un court-circuit entre la perception et les manifestations corporelles, et c'est la conscience de ces troubles qui serait l'expérience émotive.
Personne ne raisonne plus aujourd'hui dans cette perspective dualiste, et il n'est plus utile de défendre ou de réfuter longuement la thèse de James (Cannon, 1927 ; Fraisse, 1968). L'émotion est évidemment autre chose que la conscience que nous aurions de nos troubles organiques. Cette conception fondée sur u […]
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