1. Les conduites d'échec
Dans sa Psychopathologie de l'échec, René Laforgue tente de cerner les aspects cliniques du syndrome d'échec. Par là même, il se situe dans la ligne d'un des ouvrages les plus lus de Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne, qui souligne l'intention sous-jacente aux ratés courants de la vie. L'acte « manqué » est une explicitation réussie qui se fait malgré nous. Accompagné ou non d'angoisse, il se situe dans la ligne d'un refus face à un projet inassumé. Il y a, pour Freud, dans la superstition même, une preuve de « l'existence d'une connaissance inconsciente et refoulée de la motivation des actes manqués et accidentels ».
La psychopathologie de l'échec s'inscrit, plus largement, dans un refus du sens de notre relation au milieu. Comme le dit Laforgue, la conduite d'échec montre, dans les cas graves, un individu qui ne parvient pas à s'intégrer avec sa personnalité dans le cadre de l'activité collective de son milieu. Les cas cliniques sont nombreux. Ils témoignent d'une volonté obstinée du sujet de détruire son propre projet, voire de se détruire. Tel jeune homme prépare un examen : il accumule les matériaux, livres, documents, pendant des semaines, mais ne parvient jamais à lire ou à écrire effectivement une ligne. Tel autre, cité par Laforgue, sabote inconsciemment tout l'équilibre de sa vie professionnelle et conjugale après une réussite matérielle. Tel autre encore vise haut dans son choix conjugal, s'en glorifie, accumule ensuite jusqu'au divorce les conduites d'échec pour se jouer avec des partenaires dérisoires la comédie de l'amour perdu. Ses catégories, au niveau de l'idéal du moi, s'effritent face aux possibilités réelles pour se porter transférentiellement dans des situations qui ne les mettent pas réellement à l'épreuve et ne présentent aucune chance de réalisation autre que phantasmatique.
Toutefois, réduire l'analyse de la conduite d'échec à ce jeu du projet manqué serait réduire le projet humain aux ratés qui en brisent, mais […]
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