La notion d'échec s'entoure d'un halo douloureux. Chacun y investit le cerne de ses propres ecchymoses intérieures, chacun s'y sent subtilement concerné. C'est dire que, d'emblée, l'échec diffère de l'insuccès qui, comme le notait Pierre Janet, ne désigne que le fait extérieur réduit à ses lignes objectives. L'insuccès peut être mince et l'échec douloureusement ressenti. C'est que l'échec s'inscrit dans la perspective vitale d'un sujet ou d'un groupe ; il est l'échec de quelque chose ou de quelqu'un, l'avortement d'un projet, une petite mort quotidienne qui s'insinue dans le vécu. Pour Janet, l'insuccès ne nous serait même pas connu si nous n'objectivions pas là les conditions plus ou moins organisées de l'échec. On pourrait objecter que l'insuccès révèle l'échec du sujet : on ne saurait s'élever au-dessus de cette zone d'implications réciproques où le sujet, face au monde, lit dans l'événement le signe de ses intentionnalités profondes, conscientes ou non. La manie du succès à tout prix, comme le suggère Jean Lacroix, ne fait que masquer le sentiment de l'échec. Bien souvent, pourrait-on ajouter, l'édification […]

