5. Les reprises rétrospectives du sens
Assumée en tant que telle, au contraire, la vocation humaine situe l'échec au niveau de la conscience, au niveau du devenir cosmique, comme cette retombée du sens qui nous acculait à un changement jaugé comme impossible. Le piège est partout. La voie s'ouvre sous le piège, et le piège fait obstacle à la voie. L'homme aspire à ce qui, dans sa nature, est à la fois promis et inaccessible. L'« autre » est tour à tour pour lui un loup ou un Dieu. Le dialogue l'apaise et l'inquiète. La parole d'autrui lui est signe et menace, sa propre parole ouvre et ferme les voies de la vérité. L'échec, parfois, le soulage. C'est cliniquement fréquent et phénoménologiquement significatif. Dans l'échec, l'homme se soustrait à une exigence. L'homme qui crie avec le Psalmiste : « Conduis-moi sur ce rocher qui de si haut me domine ! » (Ps., lxi, 2), l'homme qui cherche, à la fois dans le succès naïf, conquis une fois pour toutes, et dans l'échec, la rupture de ce temps sans cesse repris qui le confronte à l'impossible... Mais l'impossible, n'est-ce pas le pacte de l'homme ? « Nous sommes le monstre d'humanité, car nous avons déclaré combat à la nature » (Cohen). L'échec n'est qu'un moment de ce combat infini ; il est, à travers le devenir cosmique, la tentation de la mort. La nature implique un lent cheminement vers sa propre transfiguration, et ce lent cheminement passe à travers notre conscience quotidienne, à travers le monde politique de notre temps et son aliénation aux concepts, à travers les pièges et les voies du désir, ses faims substitutives et ses objets interchangeables choisis parfois pour nous tromper. L'échec, c'est, le plus souvent, cet insuccès que nous nous offrons ou dont nous apercevons la figure dans les structures du monde, ombre objectivée de nos multiples démissions. L'homme, comme jadis Jacob luttant avec l'ange, est sans cesse confronté au miracle. Il y va de sa vie et de bien autre chose. Il lutterait volontiers pour une cause sûre, m […]
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