3. Échec et projet
La névrose d'échec elle-même, dans son projet aliéné, témoigne d'une intention obstinée. La guérison, Carl Gustav Jung l'a bien vu, ne consiste pas à supprimer la névrose, mais à la convertir. L'échec, occasionnel ou répété, est l'envers d'une émergence confuse que la psyché s'obstine à nier, mais qui, sans cesse, la traverse. La névrose parfois dévoile son sens – en filigrane ou à travers le décalage du désir aliéné et du projet vital. Aussi le monde nous renvoie-t-il en miroir nos fatalités intérieures. Ceux qui disent : « Ces choses-là n'arrivent qu'à moi », ont bien raison. La fatalité qui les poursuit leur est simplement intérieure ; elle trie, élève, privilégie, dans le foisonnement des chances, les chances qu'il faut. Le donné matériel existe, certes, plus ou moins conforme au désir et au projet du sujet, mais, dès qu'il s'agit du bilan d'un vécu particulier, il s'avère plus fécond, sinon seulement plus économique, de partir du pouvoir de choix inconscient du sujet qui fait de « ses chances » une malchance, mais, parfois aussi, de l'obstacle surmonté, une voie. Ainsi dans ce conte de fées, où la classique princesse est poursuivie par une non moins classique Carabosse du nom de Guignon, se dévoile naïvement le pouvoir de conversion du sujet en face des choses. Au début tout va mal, les fleurs se fanent, la pluie tombe et le regard des hommes se détourne. Mais un jour où, comme toujours, le carrosse est en panne dans la tempête, la petite princesse découvre sous la roue un crapaud épargné et s'écrie : « Quelle chance ! » Et voilà Guignon exorcisée. Le défi a déjoué le sort. Le crapaud est, bien entendu, un prince charmant en mal de sortilège. La conversion instantanée lève tous les maléfices. C'est ainsi que Solal, le héros d'Albert Cohen, peut s'écrier : « Que les douleurs te conduisent à la joie ! » Certes, le chemin est dur, et qui sait ce qui est au bout ? Si le changement est difficile, c'est que rien n'est jamais garanti. Le projet cosmique lui-même est précaire. Les physi […]
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