4. Pièges des succès sécurisants
On peut comprendre alors toutes les dimensions individuelles et sociales de l'échec, et de la peur de l'échec, et toutes les caricatures du succès qui tentent d'en masquer les profondeurs. La vocation de l'homme se réalise dans le changement, dans la créativité sans cesse mise en péril, dans l'effort qui fragilise à tout moment le sujet lui-même. Et l'homme cherche la stabilité, la sécurité. Il cherche à croire en lui-même et à devenir pour l'autre une « idole », alors qu'il ne peut être que le relais d'un sens. Les plus subtils de ses échecs s'inscrivent dans ses succès. L'idée même de progrès s'embourgeoise, et les grandes théories qui éclairent les sciences humaines deviennent des idoles dès qu'elles cessent d'être effort et mouvement.
Le marxisme, la psychanalyse portent la marque de ces tentatives et des tentations qui leur sont inhérentes. Le révolutionnaire lui-même est naïvement en quête d'une panacée. Comme l'homme moyen qui se marie, il cherche un remède « définitif » à ses maux, se sclérose, redevient, sous une autre étiquette, le vieil homme de toujours. L'amour est histoire comme l'histoire devrait être amour. Les échecs de l'un et de l'autre proviennent de ce qu'ils trahissent leur vocation de devenir et d'élan, de quête insécurisante du sens, plus sûre toutefois que le renoncement au sens. La « société de consommation », si fortement dénoncée en France dans les années 1968, est un renoncement au sens, mais ni plus ni moins que les idéologies révolutionnaires qui, sous les étiquettes néo-, anti- ou para-marxistes, s'aliènent à ce qu'il y a de fermé dans les concepts d'une philosophie ouverte, vieille d'environ un siècle, et qui aurait dû nous mettre en garde une fois pour toutes contre les choses qui ont fait leur temps. La « révolution psychanalytique » a cessé aussi d'être révolutionnaire dans l'aliénation aux chapelles, aux vases clos de relations faussées. Ces remises en cause fondamentales que sont marxisme et freudisme ces […]
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