Dans les années 1960, l'espace intersidéral était encore considéré comme un environnement vide, hostile et stérile. Suivant en cela Arthur Stanley Eddington (1926), les astrophysiciens de l'époque jugeaient « difficile d'admettre l'existence de molécules dans l'espace interstellaire, parce qu'une fois qu'une molécule est dissociée il semble n'y avoir aucune chance pour que les atomes se joignent à nouveau ». Le gaz était décidément trop ténu entre les étoiles, et trop baigné de rayonnements destructeurs, pour que des molécules s'y forment. Même la présence dans l'espace de CH, CN et CH+ – trois « exceptions » détectées en 1937, 1940 et 1941, respectivement – s'expliquait par la désagrégation, dans le gaz, de molécules formées sur des grains de poussière interstellaire, ces solides microscopiques qui obscurcissent le rayonnement des étoiles. L'Univers, finalement, demeurait désert. Mais les choses ont bien changé. Depuis la fin des années 1960, plus de 140 espèces moléculaires ont été repérées dans l'espace. Acétylène, ammoniac, méthanol, vapeur d'eau, par exemple, sont ainsi couramment détectés dans le milieu interstellaire. Mieux, on a découvert entre les étoiles des molécules jusqu'ici inconnues sur Terre. C'est que, loin d'être vide et stérile, l'espace intersidéral est en fait le siège d'une florissante chimie, atypique et diversifiée.
1. Les méthodes de l'astrochimie
Comme les autres chercheurs en astronomie, l'astrochimiste obtient des informations sur l'Univers en analysant son rayonnement, depuis la Terre ou depuis l'espace. La spectroscopie se révèle ainsi indispensable pour identifier les différentes molécules, déterminer leurs abondances ou encore mesurer les propriétés du milieu où elles se forment. C'est la méthode reine de l'astrochimie. Pour reconnaître les atomes, les ions et les molécules présentes dans le milieu interstellaire, l'ensemble du spectre électromagnétique est exploité. Néanmoins, les radiotélescopes, comme ceux de l'Institut de radioastronomie millimétrique (Iram), […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



