4. L'exigence au service de la musique
Venu relativement tard au concert, Toscanini a abordé le répertoire symphonique avec une maturité et un enthousiasme que des années de fosse n'avaient pas entamés, contrairement à ce qui se produisait chez la plupart de ses confrères. Son répertoire couvrait l'ensemble de l'histoire de la musique, même si, dans le domaine de la musique contemporaine, il semblait surtout attiré par les compositeurs de sa génération. Dans la musique classique (notamment Haydn et Mozart), il a été l'un des premiers chefs à rompre avec l'habitude de diriger les seconds thèmes plus lentement pour en souligner les contours mélodiques. Il refusait le port de voix comme les glissades des instruments à cordes et redonnait ainsi au dessin mélodique son véritable profil. Les interprétations de Toscanini sont restées légendaires pour la rapidité de ses tempos, surtout lorsqu'on le comparait à Furtwängler ou à Bruno Walter. Mais c'est oublier que, dans Parsifal, en 1931, il a été l'un des chefs les plus lents de l'histoire de Bayreuth. Cette impression de rapidité reposait surtout sur un sens du rythme inébranlable et une précision des attaques qui lui ont souvent valu d'être taxé de rigidité et de manque de sensibilité. Pourtant, il était incapable de diriger le Boléro sans accélérer et il s'est brouillé avec Ravel pour cette raison.
L'Italie lui doit la définition de nouvelles normes de travail d'orchestre et de répétitions lyriques, notamment pour les chanteurs et les chœurs. Il a accompli un travail analogue avec l'Orchestre philharmonique de New York, mais il a véritablement trouvé un instrument à sa mesure avec l'Orchestre symphonique de la N.B.C. Il possédait une mémoire prodigieuse, mais il semble que l'habitude de diriger par cœur soit venue de sa vue déficiente qui ne lui permettait pas de lire les partitions en dirigeant.
En dehors des créations lyriques déjà mentionnées, on doit à Toscanini la création de nombreuses partitions symphoniques – Les Fêtes romaines (1929) de Respighi, le premier Essay for Orchestra et l'Adagio pour cordes (1938) de Barber... –, la première audition américaine de la Symphonie no 7 (1942) de Chostakovitch. Busoni lui a dédié son opéra Turandot, Kodály a écrit à sa demande la seconde version de Soir d'été (1930) et a composé sa Symphonie (1961) à sa mémoire.
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