11. Un art de l'hybridation
On s'interroge aussi sur l'authenticité même d'un art, ou plutôt de pratiques artistiques qui ne feraient que prolonger des savoir-faire existants, plastiques, graphiques, photographiques, cinématographiques, vidéographiques, sans parler du spectacle vivant, de la musique et de la littérature. Beaucoup de ces pratiques, en effet, s'enrichissent grâce à l'apport du numérique. En revanche, le numérique modèle ces pratiques et les subvertit, voire les oblige à se redéfinir. Toutefois, quelle que soit son extrême diversité, s'incorporant ici aux arts plastiques ou à la photographie, ouvrant là sur des pratiques inédites comme le multimédia, l'art en réseau, la réalité virtuelle, qui bouleversent non seulement la création des formes sensibles mais leur réception, le rapport intime entre l'œuvre, l'auteur et le spectateur, l'art numérique est traversé par une esthétique commune qui prend source au cœur de la technologie : une esthétique de l'hybridation.
Héritière de la tradition, très active au xxe siècle, des mélanges, collages, inclusions, incrustations, croisements et métissages entre les arts, l'hybridation numérique opère à un niveau plus profond : celui de l'unité d'information et de sa programmation. Pour ainsi dire – métaphoriquement – à un niveau quasi génétique. Elle affecte non seulement la morphogenèse des œuvres mais tous les phénomènes touchant à leur réception.
En outre, l'hybridation affecte intimement les relations entre l'art, la science et la technique. Tous les programmes nécessaires à la production des objets virtuels reposent sur des algorithmes de simulation, lesquels s'inspirent de modèles logico-formels issus non seulement de l'informatique et des mathématiques, mais de beaucoup d'autres sciences, de la physique à la neurobiologie. L'ordinateur ne peut donner à percevoir que ce qui est modélisable. Tout objet virtuel, artistique ou non, mais aussi toute mise en circulation de cet objet nécessitent d'être d'abord modélisés. La […]
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