Au-delà des théoriciens que le nationalisme arabe a tardé à se donner, encore qu'ils furent précédés par les pionniers de ce qui est un proto-nationalisme, l'arabisme est d'abord le sentiment d'appartenance à l'ethnie ou à la nationalité arabe. Il y a lieu, en effet, de parler – et très tôt – d'une conscience ethnique diffuse. Et ce que l'arabisme suggère d'une doctrine ne s'entend, bien entendu, qu'à partir de ce sentiment, de cette conscience diffuse – et des situations objectives qui les fondent – dont le nationalisme arabe est une des expressions historiques.
1. La conscience ethnique diffuse
Les tribus arabes d'avant l'Islam formaient objectivement une unité, une ethnie, elles parlaient la langue arabe et avaient en commun un certain nombre de traits culturels plus ou moins spécifiques. À ce titre, les étrangers distinguaient nettement un peuple arabe. Il est vrai qu'ils confondaient avec lui les populations de langue sud-arabique parce qu'elles habitaient également l'Arabie. Mais celles-ci, également, considéraient les Arabes ('a‘râb) comme des étrangers. Les multiples tribus arabes étaient distinctes et souvent en lutte entre elles. Mais la conscience d'une certaine unité apparaît dans les désignations, fondées sur la langue commune, qui opposent les Arabes (al-‘Arab) aux « étrangers » (al-‘Adjam), même si le premier terme ne s'est appliqué d'abord qu'à certains éléments de cette ethnie. Elle s'exprime aussi par les généalogies fictives qui, très anciennement sans doute, rattachent les tribus les unes aux autres et qui seront, plus tard, adaptées au schéma biblique du chapitre x de la Genèse. Les joutes oratoires et littéraires, les grandes foires, les sanctuaires communs où beaucoup se rendent en pèlerinage, d'autres institutions intertribales (trèves sacrées, calendrier, etc.) renforcent ce sentiment d'unité. En 328, un chef de tribu se prétend, certainement avec beaucoup d'exagération, « roi de tous les Arabes ».
Au début du viie siècle, Mahomet considère qu'il prêche une doctrine […]
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