Cet homme de théâtre né, qui croyait avec ferveur à la « vérité » de la scène – exigeant de ses comédiens un jeu « naturel », dans des vêtements faits pour la ville et la rue – n'a pas seulement balayé les conventions devenues fossiles qui régnaient dans les théâtres de son temps. La révolution qu'il a opérée concerne aussi les rapports à établir entre la scène et la salle.
Enfin, le grand besoin de renouvellement qui a inspiré son entreprise – bien loin de révéler une docilité servile au nouveau mouvement du naturalisme, comme on a cru pouvoir le lui reprocher – manifestait, plus profondément, une exigence d'authenticité : la preuve en est qu'à la fin de sa carrière il pouvait tendre la main à un Jacques Copeau, chez qui l'amour de la vérité s'exprimait dans des formes souvent radicalement opposées à celles qu'Antoine avait lui-même introduites au Théâtre-Libre. C'est que cet homme d'action se doublait d'un critique lucide, attentif à tout ce qui pouvait enrichir ou exalter son art.
1. Du bureau à la scène
Né à Limoges le 31 janvier 1858, André Antoine doit dès 1872 gagner sa vie : d'abord petit clerc chez un agent d'affaires, puis employé au bureau du Bottin chez Firmin-Didot, il devient en 1877 employé auxiliaire à la Compagnie du gaz. Il s'intéresse déjà au théâtre, fréquente le Gymnase de la Parole, fait de la figuration et essuie un échec au concours d'entrée au Conservatoire en 1878. Au retour de quatre années de service militaire, en 1883, il adhère au Cercle Gaulois, 37, passage de l'Élysée-des-Beaux-Arts : il y joue et y monte des spectacles. C'est là qu'il fonde, avec des camarades de ce Cercle, des membres du Cercle Pigalle et de la Butte, le Théâtre-Libre. Les 29 et 30 mars 1887, le Théâtre-Libre y présente son premier spectacle. Une des quatre pièces figurant au programme, Jacques Damour, tirée par Léon Hennique d'une nouvelle de Zola, impose Antoine à l'attention du public parisien.
De 1887 à 1894, sous la direction d'Antoine, le Théâtre-Libre donne environ […]
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