Si on considère que le cinéma s'est défini comme une suite cohérente d'images animées projetées sur un écran face à un espace destiné à accueillir des spectateurs, il est admis qu'il est né en France, le 22 mars 1895, quand la première « vue » des frères Auguste et Louis Lumière a été projetée à Paris devant un public de photographes et de journalistes. Le 28 décembre de la même année, dans un salon du Grand Café, boulevard des Capucines à Paris, les frères Lumière organisent la première projection ouverte d'un programme de dix vues (chez les Lumière, le mot film ne désigne alors que le support souple, en nitrate de cellulose, mis au point aux États-Unis chez Edison en 1889). Les trente-trois spectateurs, comme les milliers d'autres qui les suivront pendant des mois, ont payé leur place. Ce jour-là, le cinéma s'impose comme un spectacle.
1. Le temps du muet
Les frères Lumière présentent leur machine en France et dans le monde entier. Pour alimenter ces projections, ils forment et envoient sur les cinq continents des opérateurs qui ramènent à Lyon les vues qu'ils ont réalisées et montrées au fil de leurs périples. Le nom de Lumière est, à juste titre, attaché à un cinéma qui sera plus tard qualifié de « documentaire ». Louis Lumière (1864-1948) est le premier cinéaste du réel, qu'il sait organiser avec un sens aigu du cadre, de l'éclairage, du mouvement à l'intérieur d'un plan unique d'environ 55 secondes. La firme lyonnaise commercialise aussi des petites fictions, comédies ou scènes historiques, puis abandonne la production vers 1905.
Au cours de l'année 1896, des professionnels du spectacle populaire entrent en scène : Georges Méliès (1861-1938) et Charles Pathé (1863-1957), issus le premier du théâtre, le second du milieu des forains, avaient tenté en vain d'acheter le brevet du cinématographe Lumière. Méliès s'est procuré à Londres un appareil concurrent qu'il a perfectionné. En juin 1896, il réalise un premier film à Montreuil, où, six mois plus tard, il fait construire un st […]
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