Ce qu'on a appelé la réforme de Jacques Copeau, c'est d'abord le retour délibéré aux sources traditionnelles les plus pures (tragédie grecque, commedia dell'arte, théâtre élisabéthain, etc.) ; c'est aussi une volonté de resserrer les liens du théâtre et de la poésie, entre lesquels s'étaient développés toutes sortes de malentendus ; c'est enfin un effort d'épuration radicale des techniques et des mœurs de la scène. Aussi se présente-t-elle à la fois comme une réaction contre le théâtre bourgeois des années 1900 et comme une résistance au théâtre des metteurs en scène techniciens. Chez l'Anglais E. G. Craig et chez le Suisse A. Appia, Copeau trouve formulées ses exigences fondamentales. Profondément classique, il récuse les expériences allemandes ou russes, dans la mesure où elles donnent le pas aux prestiges techniques. En ce sens, Copeau a orienté pendant quarante ans l'école française de mise en scène, qui ignorera à peu près le constructivisme ou l'expressionnisme et se tiendra à distance des Reinhardt, des Meyerhold et des Piscator. C'est par la découverte, dans les années 1950, du théâtre épique, de Brecht et du style du Berliner Ensemble que les hommes de théâtre français mettront en question l'héritage esthétique de Copeau et du Cartel, encore contraignant chez un Barrault ou un Vilar. Mais l'éthique du Vieux-Colombier, compte tenu de l'évolution économique et sociale du théâtre, n'en demeure pas moins vivante.
1. Le promoteur du tréteau nu
En fondant le théâtre du Vieux-Colombier en 1913, Jacques Copeau, né à Paris trente-quatre ans plus tôt, avait conscience d'entreprendre une réforme à la fois esthétique et éthique. Mêlé étroitement à la vie littéraire de son temps, celui qui fut le premier directeur de la Nouvelle Revue française, l'ami d'André Gide, le critique dramatique de L'Ermitage et de la Grande Revue, n'ignorait pas de quel discrédit l'art du théâtre était menacé. L'héritage réaliste d'Antoine, dont il admirait cependant le courage et l'exigence artistique, l […]
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