4. Le premier metteur en scène moderne
L'apport essentiel d'Antoine demeure d'avoir définitivement fondé ce que l'on peut appeler « la mise en scène moderne ». Certes, pendant tout le xixe siècle, on a assisté au développement de la mise en scène. Mais c'est Antoine qui, le premier – du moins en France – est apparu comme un metteur en scène à part entière. De la mise en scène, qui devait, selon lui, « non seulement fournir son juste cadre à l'action mais en déterminer le caractère véritable et en constituer l'atmosphère », il a fait un art, « un art qui vient de naître [...] rien, absolument rien, avant le siècle dernier, avant le théâtre d'intrigue et de situations, [n'ayant] déterminé son éclosion ». Et ce metteur en scène se différencie du directeur de théâtre. Leurs fonctions sont « bien distinctes » : elles « exigent des dons presque toujours incompatibles ». Car « être directeur, d'abord, c'est une profession. Être metteur en scène ou régisseur, c'est un art. »
Affirmant la nécessité d'une « troupe d'ensemble » et proclamant que « l'idéal absolu de l'acteur doit être de devenir un clavier, un instrument merveilleusement accordé, dont l'auteur jouera à son gré », Antoine, grand acteur lui-même (de Jacques Damour au Roi Lear, son dernier rôle), n'a cessé d'exiger des comédiens une stricte discipline et leur soumission à la volonté de celui que Gordon Craig appellera « l'artiste du théâtre futur ».
Ainsi son activité couronne l'évolution de tout un siècle de théâtre soucieux de reproduire de plus en plus exactement la réalité, et provoque une véritable mutation dans cette vie théâtrale : voici maintenant le metteur en scène qui accède, après l'auteur et l'acteur, au rang de créateur. Avec Antoine en France (comme avec le duc Georges de Meiningen en Allemagne et avec Stanislavski en Russie), c'est un âge nouveau qui commence : celui, précisément, du théâtre moderne.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



