3. Antoine directeur de théâtre
De 1887 à 1896, le Théâtre-Libre a présenté 62 spectacles, soit 124 pièces. Sur les 114 auteurs ainsi joués, 64 l'ont été pour la première fois. C'est Antoine qui découvrit Porto-Riche, François de Curel, Brieux, Bernstein, Courteline et Jules Renard. Au Théâtre-Antoine et même à l'Odéon, il continua cette « politique des jeunes auteurs » (avec les premières pièces de Jules Romains, Georges Duhamel et Denys Amiel). Et c'est à lui que revient le mérite d'avoir monté en France Tolstoï (La Puissance des Ténèbres), Ibsen (Les Revenants et Le Canard sauvage), Strindberg (Mademoiselle Julie) et Hauptmann, c'est-à-dire les principaux dramaturges européens de la seconde moitié du xixe siècle.
En 1890, il réclame une réforme d'ensemble de l'activité théâtrale. Il lui assigne quatre objectifs : des pièces nouvelles, une salle confortable, des places bon marché, une troupe d'ensemble. Le projet d'un nouveau théâtre qu'il établit alors, en collaboration avec l'architecte Grandpierre, annonce même certaines mesures prises par Jean Vilar, soixante ans plus tard, au T.N.P. : il s'agit de faire en sorte que tous les spectateurs, quelle que soit leur origine sociale, puissent avoir accès au théâtre et s'y sentir « chez eux ». Il souhaite même la création à Paris d'une salle subventionnée, fréquentée par des abonnés, qui serait à la fois un théâtre populaire et un banc d'essai pour les jeunes écrivains. Tant par les innovations qu'il a imposées, parfois non sans mal, du Théâtre-Libre à l'Odéon, que par les projets qu'il n'a pu réaliser, Antoine apparaît comme le précurseur de la conception contemporaine du théâtre « service public » (le théâtre est, écrivait-il, « une chose grave, d'utilité publique »).
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



