PRIMROSE WILLIAM (1903-1982)

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L'alto est l'un de ces instruments obscurs qui ne suscite aucun vedettariat parmi ses interprètes mais dont le rôle demeure essentiel dans toutes les formations de musique de chambre ou symphoniques. Rares sont les altistes qui font une carrière de soliste, peut-être à cause de l'absence de littérature originale. L'Américain d'origine écossaise William Primrose, marchant dans la voie tracée au début du xxe siècle par Lionel Tertis en Grande-Bretagne et Maurice Vieux en France, a contribué à donner à son instrument toutes ses lettres de noblesse par sa carrière de soliste. Il a commandé des œuvres à de nombreux compositeurs afin d'élargir le répertoire et il s'est largement consacré à l'enseignement pour assurer la pérennité de son action. À Glasgow, où il naît le 23 août 1903, Primrose reçoit une formation de violoniste. Il est l'élève de Camillo Ritter, un disciple d'Otakar Ševčik. Sa formation de base relève donc de l'école tchécoslovaque. Puis il se perfectionne à la Guildhall School of Music de Londres avant de travailler avec Eugène Ysaÿe (1925-1927), qui lui révèle les secrets de l'école franco-belge et l'incite à renoncer au violon au profit de l'alto. Ysaÿe veut faire de lui un altiste à part entière et non un violoniste jouant occasionnellement de l'alto, comme c'était souvent le cas.

Festival d'Édimbourg

Photographie : Festival d'Édimbourg

Le violoniste Joseph Szigeti, l'altiste William Primrose, le pianiste Artur Schnabel et le violoncelliste Pierre Fournier (de gauche à droite), le 20 septembre 1947, lors du premier festival d'Édimbourg. 

Crédits : Gerti Deutsch/ Picture Post/ Getty Images

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Primrose s'affirme sur son nouvel instrument et fait partie, entre 1930 et 1935, du fameux London String Quartet, l'un des plus célèbres quatuors à cordes de l'entre-deux-guerres. En 1937, il se fixe aux États-Unis, où il devient l'alto solo de l'Orchestre symphonique de la N.B.C. sous la direction d'Arturo Toscanini (1937-1942). En 1939, il fonde son propre quatuor à cordes, le Primrose String Quartet.

Puis sa carrière de soliste prend vite son essor. En 1944, il enregistre Harold en Italie de Berlioz sous la direction de Serge Koussevitzky, une version qui fait date dans l'histoire du disque (il gravera par la suite cette même œuvre avec sir Thomas Beecham puis avec Charles Münch). La même année, il commande à Béla Bartók un Concerto pour alto (il avait d'abord sollicité Igor Stravinski, qui refusa) : l'œuvre, achevée en esquisse mais pas totalement orchestrée à la mort du compositeur, sera terminée par Tibor Serly et créée par William Primrose le 2 décembre 1949 avec l'Orchestre symphonique de Minneapolis sous la direction d'Antal Dorati.

De 1955 à 1962, on le retrouve au sein du Festival Piano Quartet à Aspen (Colorado) ; puis il participe aux fameuses séances de musique de chambre organisées à l'université de Los Angeles par Jascha Heifetz, avec Arthur Rubinstein et Gregor Piatigorsky.

Jascha Heifetz

Photographie : Jascha Heifetz

Le violoniste américain d'origine lituanienne Jascha Heifetz (1899-1987). 

Crédits : Hulton Getty

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Dès 1942, l'enseignement occupe une place particulière dans la vie de William Primrose : au Curtis Institute de Philadelphie (1942-1951) ; à l'université de Californie du Sud, Los Angeles (1961-1965) ; à l'université de l'Indiana, Bloomington (1965-1972) ; puis à l'université de Tōkyō et à l'institut Suzuki de Matsumoto (à partir de 1972). À ces cours s'ajoutent de nombreuses « master-classes » qui font de Primrose une sorte de clé de voûte pour tout ce qui touche à la pédagogie de son instrument : la plupart des altistes des générations suivantes ont travaillé avec lui, l'essentiel de son apport consistant à former des instrumentistes exclusivement voués à l'alto. Au-delà de l'état d'esprit, c'est une technique différente qu'il impose, liée aux dimensions de l'instrument, sensiblement supérieures à celles du violon, et une technique d'archet spécifique, excluant toute pression au profit de la souplesse latérale, le bras restant toujours en dessous de l'archet.

Outre le Concerto de Béla Bartók, devenu en quelques années l'une des pièces maîtresses du répertoire, Primrose a suscité le Concerto pour alto, piano, instruments à vent et percussion de Karl Amadeus Hartmann (1956), le Concerto pour alto de Quincy Porter (1948) ainsi que les Lachrymae pour alto et orchestre à cordes de Benjamin Britten (1976). Parmi les pages qu'il a créées figurent aussi des œuvres d'Edmund Rubbra, Iain Hamilton et Peter Racine Fricker. Ila joué successivement sur un Amati de 1600, sur un Andrea Guarnerius de 1697, qu’il jouait en alternance avec deux Stradivarius, le Gibson (1734) et le MacDonald (1700).

Primrose meurt à Provo (Utah), le 1er mai 1982.

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Pierre BRETON
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Altiste français. L'alto n'a pas émergé sans mal de la famille des cordes. Confiné dans une tâche de soutien presque anonyme, il ne commence à faire reconnaître sa personnalité que sous la plume de Jean-Sébastien Bach et Georg Philipp Telemann. Jan Křtitel Vaňhal et Carl Stamitz sauront développer ses possibilités expressives, mais c'est surtout Mozart – altiste lui-même, auteur d'une Symphonie c […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « PRIMROSE WILLIAM - (1903-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-primrose/