LEGGE WALTER (1906-1979)

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Un amateur professionnel

Walter Legge était né à Londres le 1er juin 1906. Enfant, il avait consacré son moindre penny à sa gourmandise : le son. Le 78-tours lui révélait le timbre opulent de Rosa Ponselle, le chic d'une ligne de chant, comme chez John McCormack, même dans de simples ballades, et, comme parfois chez Nellie Melba en deux simples syllabes, la pure pureté de la voix. À quarante ans, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Walter Legge serait virtuellement le numéro un du disque mondial. « Talent-scout » exceptionnel, il avait pris sous contrat pour Columbia les talents révélés sur le continent pendant la guerre, et au premier rang Herbert von Karajan, Dinu Lipatti, Elisabeth Schwarzkopf (qui deviendra sa femme en 1953). Rassemblant la crème des instrumentistes anglais (il les avait observés pendant la guerre, jusque dans les orchestres militaires où ils étaient dispersés), il fondait en 1945 le Philharmonia Orchestra, premier orchestre au monde conçu et créé compte tenu des possibilités (et des servitudes) neuves du disque. Mais le grand professionnel était resté, fondamentalement, un amateur, au sens le plus fort, le plus pur, mais aussi le plus exigeant du terme. Toute sa vie, son seul goût (averti, châtié, intraitable) lui serait loi. Son bon plaisir ferait la loi. Assez tôt, ce ne fut pas au goût de tous ses collaborateurs. Quand le disque sera devenu milliardaire, quand ses orchestres, d'abord trop contents de se voir donner du travail, prétendront être associés aux décisions artistiques, Legge s'en ira en 1964. Cet autocrate avait sa façon à lui, aristocrate, d'être démocrate. À lui de concevoir le meilleur, et de le produire, puisque telle était sa compétence (que ses ennemis mêmes ne lui contestèrent jamais). Au public de la recevoir. Était-ce mépriser le public ? Ou bien l'honorer et l'aimer ? Legge fit au public virtuel de la musique, qui n'était encore nullement adulte, mais inculte et sans [...]

Elisabeth Schwarzkopf

Photographie : Elisabeth Schwarzkopf

La soprano Elisabeth Schwarzkopf et son mari Walter Legge, directeur artistique des disques Columbia, en compagnie de Geoffrey Parsons, en 1965. 

Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

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  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure

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Pour citer l’article

André TUBEUF, « LEGGE WALTER - (1906-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/walter-legge/