GARCÍA VICTOR (1934-1982)

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Victor García était argentin, mais contrairement à ses compatriotes du groupe TSE et à Jorge Lavelli, il n'était pas un enfant des villes. Né à Tucumán, il est élevé dans une ferme isolée, à deux mille kilomètres de Buenos Aires. Sa vie et son œuvre sont marquées par une sorte de sauvagerie masochiste due au refus viscéral des masques sociaux, par un paganisme diffus et sacrilège. Il fait ses études à Buenos Aires (architecture, beaux-arts, danse et mime) et forme un groupe de théâtre indépendant. En 1962, il s'exile à Paris sans but précis. Il vit alors d'expédients entre Saint-Michel et les Halles. Il entre à l'université du théâtre des Nations. Son atelier obtient le premier prix avec le Retable de don Cristobal qu'il reprend à la demande de Jean-Marie Serreau au Pavillon de Marsan, et complète avec La Rose de papier. Lorca et Valle Inclán en espagnol révèlent le génie baroque de García.

En 1965, il participe au concours des jeunes compagnies avec un Ubu, dont le style grotesque est poussé jusqu'au cauchemar. Il n'obtient pas de prix, mais se rend au festival de Liège et aux Nuits de Bourgogne où, l'année suivante, il monte une première version du Cimetière des voitures (quatre pièces d'Arrabal mêlées). García peut-il rester seulement metteur en scène de festival ? Il part, en tout cas, pour le Portugal où il monte des « autosacramentales » de Calderón présentées durant deux jours à la Biennale de Paris. Il reprend de façon régulière Le Cimetière des voitures au théâtre des Arts aujourd'hui disparu. La scène, encombrée de carcasses rouillées, déborde sur la salle. Les spectateurs sont encerclés d'une passerelle sur laquelle se déroule une procession barbare. Les chuintements du tissu sur le bois, les claquements du métal forment une musique qui donne au texte une dimension incantatoire.

Peter Brook engage García pour son centre de recherche qui doit s'associer au théâtre des Nations. Mais arrive Mai-68. Jean-Louis Barrault quitte l'Odéon ; Brook retourne à Londres. García quant à lui s'en va au Brésil, à São Paulo, où il monte Le Balcon de Jean Genet.

Nuria Espert l'appelle alors à Barcelone pour mettre en scène une autre pièce de Genet, Les Bonnes, qui doivent être présentée en 1969 à la Cité internationale. Paris découvre Nuria Espert, parmi trois tragédiennes en combinaisons et bas noirs, juchées sur de hauts cothurnes, qui, dans une prison de lames d'acier, mènent le cérémonial d'une mise à mort. Paris découvre également grâce à un film, le décor du Balcon, l'immense ascenseur à claires-voies où sont installés les spectateurs ainsi que le jeu hystérique de comédiens aux physiques monstrueux. García est ensuite appelé au National Theatre par Laurence Olivier pour y monter L'Architecte et l'empereur d'Assyrie d'Arrabal : deux comédiens, presque nus, en déséquilibre sur la plate-forme étroite d'une sorte de grue, jouent le jeu de la dévoration. La générale est houleuse, le spectacle ne reste pas longtemps à l'affiche.

En 1971, il monte avec Nuria Espert Yerma de García Lorca (sur une toile élastique, des acteurs épinglés) qui obtient un triomphe en Espagne et dans le monde entier (à Paris, au Théâtre de la Ville). Il part pour São Paulo, pour y reprendre les autosacramentales, en vue d'une série de festivals internationaux, avec un décor que personne ne verra. Mais il est malade. Les comédiens vont à Shiraz, à Paris, sans rien pouvoir faire. Ils jouent à Venise et à Londres sur un plateau nu. Une création de García doit inaugurer la grande salle de Chaillot. En définitive, elle le sera avec Divines Paroles de Valle Inclán (1975), joué en espagnol, troisième spectacle García-Nuria Espert : des orgues phalliques glissent sur le plancher vide, une horde d'insectes en haillons se déchirent, Nuria Espert, nue, monte vers les cintres...

Après la mort de Franco, García reprend à Madrid Le Cimetière des voitures. Dix ans ont passé et le théâtre étant l'art de l'éphémère, García semble un génie authentique avec ce que le mot comporte de folie destructrice et créatrice. Il est alors sollicité de toute part tant chacun voudrait pouvoir affirmer l'avoir guéri d'une peur névrotique de l'échec. En fait rien n'est moins sûr. Victor García semble incapable de pouvoir se défaire de sa propre image d'artiste maudit. Après la réussite de son Gilgamesh, présenté à Chaillot en 1979, il renoue avec l'autosacramental dans Calderón (1981).

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Colette GODARD, « GARCÍA VICTOR - (1934-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/victor-garcia/