UNITARISME

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L'Église unitarienne en Pologne et en Transylvanie

Les premières communautés rassemblant des « antitrinitaires » se constituèrent en Pologne et en Transylvanie (partie orientale du royaume de Hongrie, aujourd'hui en Roumanie), dès le milieu du xvie siècle, dans des régions où étaient implantés des groupes de confession juive, et à proximité, sinon sous la domination, de pays musulmans.

La Pologne était liée à l'Italie depuis le mariage de Sigismond Ier avec Bona, sœur du duc de Milan, et des humanistes italiens antitrinitaires, tels Biandrata ou L. Socinus y séjournèrent. De plus, Sigismond II Auguste fut un prince tolérant. Dès 1565, très tôt, à l'issue de la conférence de Piotrków, et sous l'impulsion de Gonesius, s'organisa, en marge de l'Église réformée, l'« Église des frères de Pologne et de Lituanie qui ont rejeté la Trinité », ou plus simplement la « petite Église polonaise ». Les débuts en furent marqués par de nombreuses controverses, qui surgirent parfois au contact de groupes anabaptistes : on agitait la question de savoir si l'Esprit saint est une personne divine ou un don de Dieu, les problèmes du baptême des enfants ou du droit du chrétien à porter les armes, celui de la « non-adoration » de Jésus prônée par S. Budny en Lituanie. Écartée de l'union de Sandomir (1570), la petite Église fonda son centre à Raków. Une communauté nombreuse et fervente s'y établit ; la ville devint un lieu important de formation et d'édition. Quelques années plus tard, Faustus Socinus (1539-1604), descendant d'une lignée d'éminents juristes de Sienne, vint résider en Pologne. S'il ne fut pas reçu comme membre de l'Église, il en devint le théologien le plus important : il reprit ses travaux sur la christologie, dégagea l'Église de ses tendances à l'anabaptisme. Son œuvre informa pour une bonne part le Catéchisme de Raków, publié en 1605. La Contre-Réforme, la guerre firent que, après la destruction de Raków (1638), les « ariens » polonais, les «  sociniens », allaient être contraints d'émigrer en Prusse et en Transylvanie, puis jusqu'en France et en Hollande. La trace des derniers sociniens se perd en Pologne en 1824.

C'est en Transylvanie que le terme « unitarien », qui occulta les autres, fut forgé : le calviniste P. Melius l'employa lors de l'importante dispute de Gyulafehérvar (1568) ; et, en 1600, la Diète de Léczálva reconnut les droits de la « religion unitarienne ». La rencontre de Biandrata, du calviniste Francis David et de Jacob Paléologue conduisit à l'organisation de l'Église unitarienne dans cette région. Très tôt confinée par le prince Báthory à Kolozsvár et à Torda, elle rassembla des gens de la campagne ou d'origine plus modeste que la moyenne des fidèles de l'Église polonaise. Dans un pays au destin souvent tragique, l'Église unitarienne de Transylvanie connut une existence difficile au cours du xviie siècle : des groupes firent sécession, tels les « sabbataires », qui étaient favorables à la remise en vigueur de rites juifs. Cependant, elle subsista jusqu'au moment où, vers la fin du xviiie siècle, elle retrouva une certaine importance, et entra en communication avec les groupes unitariens d'Angleterre et des États-Unis. Quelques communautés unitariennes existent encore en Roumanie.

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté protestante de théologie de Strasbourg

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Pour citer l’article

Bernard ROUSSEL, « UNITARISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/unitarisme/