LODGE THOMAS (1557-1625)

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Fils du lord-maire de Londres, Thomas Lodge fut éduqué à l'École des marchands tailleurs et à Trinity College (Oxford). Il fit aussi du droit à Lincoln's Inn (1578), mais la littérature l'attira bientôt. Il se lança dans la controverse en 1580 contre un pamphlet de Stephen Gosson, The School of Abuse (1579), qui traitait les poètes et les comédiens de caterpillars of a commonwealth, « chenilles de la communauté ». Lodge prit ardemment la défense de la poésie, de la musique et des théâtres attaqués par les puritains. Il prit aussi la défense des jeunes gens qui avaient souffert, comme lui, des usuriers : Cri d'alarme contre les usuriers (An Alarm against Usurers, 1584).

Puis, Lodge se fit poète avec Scillaes Metamorphosis (1589), qui raconte, en cent trente strophes de six vers rimés (ce n'est pas la rime royale, qui en comporte sept, et que Shakespeare utilisa dans son Viol de Lucrèce, 1591), l'histoire des amours de Glaucus, fils de Téthys, amoureux de Scilla, qui le repousse. Mais Téthys fait guérir son fils par Cupidon, qui va ensuite frapper Scilla de sa flèche. Voici la Néréide follement éprise ; trop tard, les Furies déchaînées la métamorphosent en ce roc redoutable sur lequel, face à Charybde, les vaisseaux viendront se briser. Moralité : Nymphes, ne laissez pas l'orgueil vous perdre !

Ce texte est le premier de toute une série de poèmes narratifs érotiques, dont les sujets sont tirés des Métamorphoses d'Ovide, cet inépuisable réservoir de mythes : Héro et Léandre (1598) de Marlowe, Vénus et Adonis (1593) de Shakespeare, Endimion et Phoebé (1595) de Drayton, Salmacis et Hermaphroditus (1602) de Beaumont, pour n'en citer que quelques-uns. Tous s'efforcent à la suavité, usent de belles figures conventionnelles : c'est de la poésie d'apparat, splendide, sensuelle, qui conte les amours privilégiées d'un couple déjà divinisé par la légende, qu'une mort tragique, ou une métamorphose en des objets précieux ou horribles, peut à jamais figer. Lodge, esprit romanesque, réussit aussi bien que ses successeurs à nous attendrir sur un tel destin.

Son goût pour le romanesque, précisément, s'affirme dans Rosalynde, legs doré d'Euphuès (Rosalynde, Euphues Golden Legacie, 1590). Le romanesque triomphe dans cette pastorale en prose, prétendument découverte après sa mort dans la grotte d'Euphuès (le héros du roman de John Lyly). Lodge imite le style de Lyly, mais il y apporte ses qualités propres d'élégance et de chaleur. Ce roman attire à soi une partie de la gloire de Comme il vous plaira de Shakespeare, puisque l'intrigue de cette comédie du clair-obscur vient tout droit et, presque en entier, des méandres de l'œuvre de Lodge. Shakespeare y a ajouté le bouffon Touchstone et le mélancolique Jacques, et sa Rosalinde a plus de piquant.

Lodge a laissé d'autre part une œuvre théâtrale, peu abondante et controversée. La première pièce fut écrite en collaboration avec son ami Robert Greene : Les Plaies de la guerre civile (The Wounds of Civil War, jouée vers 1588, publiée en 1594) ; cette pièce traite, d'après Plutarque (traduit par North sur le texte français d'Amyot de 1579), de la rivalité sanglante qui opposa Marius à Scilla. C'est un des premiers drames historiques, encore hésitant de structure et de dessein (qui ne doit rien à Tamerlan, quoi qu'on en ait dit, non plus qu'à La Tragédie espagnole de Kyd), au vers monotone encore expérimental.

La même année (1594) vit aussi la publication d'une seconde pièce de Lodge et de Robert Greene, A Looking Glasse for London and Englande (composée vers 1588-1589). C'est un curieux drame religieux qui met en scène Rasni, roi de Ninive, vainqueur de Jéroboam, roi d'Israël. Rasni, installé dans son triomphe, vit dans le luxe et la luxure, au milieu d'une cour orientale corrompue. Il épouse sa sœur, que la colère divine foudroie aussitôt. Alors, il empoisonne le roi de Paphlagonie pour épouser la reine ; mais le prophète Osée, puis Jonas craché par sa baleine viennent semoncer le roi, qui promet de vivre désormais dans la vertu. Cette édifiante histoire, pour exhorter Londres à reprendre le droit chemin, est un miroir tendu où se reflètent les vices à éviter. Une telle homélie serait insupportable si le rythme de certains passages n'allégeait pas la lourdeur de l'intention moralisante. Il est étrange que Greene ait collaboré à cet ap [...]

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Écrit par :

  • : doyen honoraire de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix-en-Provence

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  • Écrit par 
  • Henri FLUCHÈRE
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Pour citer l’article

Henri FLUCHÈRE, « LODGE THOMAS - (1557-1625) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-lodge/