TATOUAGE

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Signe inscrit dans la peau de manière permanente et profonde, le tatouage a longtemps fait l'objet d'un rejet social redoublé d'un complet désintérêt scientifique, en raison des interdits religieux, des préjugés raciaux et de l'infamie qui lui ont été attachés pendant des siècles. À la faveur des études ethnologiques et psychanalytiques, ce phénomène d'écriture sur le corps a été enfin décrit et analysé à partir du milieu du xxe siècle sans a priori. Presque dans le même temps, les tatouages se répandaient dans toutes les sociétés du monde et leurs significations traditionnelles s'atténuaient ou disparaissaient au profit d'une lecture postmoderne du corps.

Cette inscription profonde sur la peau revêt à la fois un sens métaphysique, psychologique et social, sans jamais perdre une visée esthétique. Elle est, comme le maquillage, une inscription ostentatoire ou non, qui relève de la catégorie de l'ornement, mais elle échappe au caractère éphémère de ce dernier. Le tatouage est réalisé « une fois pour toutes ». Cette durée exclut le tatouage de la problématique du leurre, du factice, du paraître, au contraire, elle le situe dans une permanence de l'être favorisée en cela par l'intégration corporelle et psychique du dessin. En outre, il est un acte poïétique, une production technique qui peut avoir une visée artistique, une finalité sans fin. C'est aussi un langage symbolique ou scripturaire, un texte de signes pour l'essentiel non linguistiques, mais pourtant décryptables comme des énoncés. Si Marcel Mauss ne l'inscrit pas dans les techniques du corps, c'est-à-dire les « façons dont les hommes savent se servir de leur corps », c'est parce qu'il échappe en partie à la notion d'efficacité ou d'utilisation fonctionnelle, même s'il peut être pensé par certaines sociétés comme un signe médicinal ou prophylactique.

Acte symbolique et artistique, le tatouage engage le tatoueur et le tatoué dans une relation créatrice, duelle et agonistique. En tant que forme esthétique, le tatouage présente aussi des formes à la perception et à l'art, en même temps qu'il figure le sujet sensible, le groupe auquel il appartient et les relations qu'il entretient avec celui-ci. Révélateur social, le tatouage n'est donc plus un objet d'infamie ou de marquage vulgaire, mais une inscription signifiante, qui peut désormais s'autoriser des analyses de l'anthropologie, de la philosophie ou de la métaphysique.

Une pratique très ancienne

Le mot tatouage vient du tahitien tatoo, de ta, qui désigne le bâton utilisé pour frapper la peau durant l'opération d'impression, et tatau qui signifie marquer, frapper, blesser ou dessiner. Il a été rapporté par le capitaine Cook en Europe au xviie siècle et il revient au Dr Berchon, traducteur du Deuxième Voyage de Cook vers Tahiti en 1772, d'employer pour la première fois le mot tatoo. En 1858, ce dernier est officiellement francisé en tatouage et entre dans le Littré. La réalité du fait est connue bien avant qu'un nom lui ait été attribué : le navigateur espagnol Álvaro de Mendaña de Neyra (1541-1596), premier européen à explorer la Polynésie, mentionne déjà les décorations qui recouvraient le corps des insulaires.

Signes culturels codifiés

Pratique attestée dès le paléolithique – le premier exemple retrouvé sur un défunt, en Italie, date de 5300 avant J.-C. –, le tatouage est une marque corporelle formant des motifs graphiques, réalisée grâce à une encre indélébile instillée sous la peau, et chargée de significations identitaires et symboliques. Il semble qu'il ait eu aussi une visée prophylactique, bien qu'il soit difficile de démêler ce qui relève de la magie et de la médecine. Pratiqué sous toutes les latitudes, ses figures composent un langage codé renvoyant aux fondements théogoniques et sociaux propres à chaque société.

Le tatouage est réalisé grâce à une aiguille trempée dans une substance colorante qui va se loger sous l'épiderme. Une branche d'arbre aiguisée, une épine végétale, une lame de bambou, un coquillage ou une plume peuvent également servir à marquer la peau. Suie, henné, soufre, suc végétal, et bientôt poudre à fusil sont utilisés comme pigments et les couleurs dépendent des matériaux locaux. Le tatouage tirant ses effets du contraste avec la couleur de la peau plus claire, il fait place aux scarifications sur les peaux plus foncées, en particulier en Afrique noire. Aux fonctions symboliques analogues, la scarification, procédant par incisions superficielles de la peau pour la marquer de cicatrices indélébiles, recourt aussi parfois à une pigmentation au charbon de bois appliquée sur les plaies pour les assombrir.

Selon Thierry Maertens, le tatouage « fait passer sur la face visible de la peau, à partir du symbolisme social, les traces contenues de la face cachée. » Pour toutes les sociétés pratiquant le tatouage, l'homme n'est pas humain, le corps demeure « stupide » tant qu'il n'est pas tatoué. C'est dire que cette inscription marque l'accession à l'humanité et délimite la coupure entre l'inanimé et l'animé humain. Ce qui fait la stupidité du corps dénué de signes, c'est qu'il n'offre aucune prise au discours social, chargé d'attribuer une place à chaque membre du groupe. Le dessin marque également la coupure avec le « corps-mère », avec « l'Autre » ou le « Réel », c'est-à-dire avec tout ce qui est de l'ordre de l'objet.

Le tatouage prend un sens différent selon les sexes. Pour les hommes, il est un signe de pouvoir et de prestige. Ainsi chez les Kasan, les hommes les plus tatoués sont les plus glorieux à la guerre, les plus aptes à arranger les mariages. Chez les Iatmul de Nouvelle-Guinée, le tatouage est tracé sur le guerrier qui a abattu son premier ennemi, comme chez les Inuit, qui reçoivent un point sur le visage à chaque prise de baleine. Chez les Zkara, tribu berbère, le tatouage de chasse est tracé à l'épaule de manière à être découvert lors du bandage de l'arc. Chez les Guerzé de Guinée, l'initiation autorise les premiers tatouages-scarifications, interprétés comme les traces laissées sur la peau au sortir du vagin de la mère mythique qui les accouche à la vie adulte ; de même chez les Tshokwé, peuple bantou du nord de l'Angola, ils sont effectués à la sortie de la réclusion de circoncision et marquent le souvenir de la fusion perdue et une répartition spécifique des tâches selon l'âge.

En Polynésie, où la noix de bancoulier brûlée est utilisée pour dessiner des motifs abstraits définissant le statut social, le tatouage concerne aussi davantage les hommes que les femmes. Dans l'archipel des Marquises, les hommes issus des grandes familles se font décorer le corps entier, ce qui peut prendre plusieurs dizaines d'années, tandis que les femmes ne sont tatouées que sur le visage et les membres. En Nouvelle-Zélande, le Moko, dont le thème le plus répandu est la spirale, est l'apanage des nobles et des gens libres. Il dénote l'identité de chacun – rang marital ou parental, nature de l'activité, emblème personnel –, et acquiert le statut d'une signature, puisque le porteur doit être capable de le retranscrire. Le corps est marqué à l'aide d'aiguilles et le visage incisé à l'aide d'une sorte de ciseau. Voisin de la sculpture ou de la statuaire, le Moko décore les objets usuels, les portes, les objets sacrés en raison d'une origine mythique commune, les Enfers. Les tatoueurs, personnages sacrés, utilisent un peigne fait de coquillages, d'ossements humains ou de dents de cochon sauvage. Ils trempent le peigne dans l'encre, le posent sur la peau et frappent pour que l'encre pénètre.

Chez les Mentawaï d'Indonésie, le tatouage – officiellement interdit depuis 1954 – réalisé à la puberté avec de la résine, puis avec un mélange de suie de pétrole et de jus de canne à sucre, sert à rendre « digne d'abriter une âme ». Chez les hommes, on trouve des blasons de poitrine, qui s'effilent en deux lignes courbes allant jusqu'aux joues et un grand arc sur les flancs. Autrefois, les chasseurs de têtes victorieux se faisaient tatouer un crapaud sur le ventre, symbole de l'homme, et des spirales sur les épaules. Au centre de l'Inde, on retrouve le tatouage en ornement du visage chez les Maria ; au nord, les hommes portent en tatouage les symboles de leur caste.

Tatouage traditionnel chez les Mentawaï

Tatouage traditionnel chez les Mentawaï

photographie

Peuple autochtone habitant l'archipel qui porte leur nom, au large des côtes occidentales de Sumatra, les Mentawaï, appelés aussi « hommes-fleurs » en raison de leur goût pour les ornements floraux de leurs coiffes, sont connus pour leurs tatouages traditionnels. 

Crédits : R. Benali/ Corbis

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Chez les femmes, le tatouage prend un sens différent. Selon Maertens, le tatouage capte une « force mystérieuse qui habite le corps et le culturalise par un procédé magique par lequel la société se donne le droit de faire advenir à ce corps ce que la nature est sur le point de lui donner ». En d'autres termes, l'inscription entérine ce que la physiologie commande. Dans le Pacifique nord, les jeunes filles sortent de la réclusion des premières règles tatouées aux poignets et aux jambes. Chez les Bédouins d'Irak, l'homme ne prend pour épouse qu'une femme tatouée des seins au pubis en passant par le nombril. Le corps érogène est ainsi marqué et cette trace l'introduit dans l'échange social des corps. Il s'agit de domestiquer l'érogène contenu dans le corps au nom de la survie du groupe. Le tatouage féminin, en ce qu'il est dessiné souvent autour des orifices corporels, souligne les zones érogènes, dangereuses et jouissives du corps : le tatouage du contour des yeux, de la bouche, de la vulve, de l'anus, ou ceux des pieds dans la culture arabe, marquent les bords du corps comme ouverts à l'illimité et aux dangers.

Les rituels douloureux et cruels parfois attestent la permanence de la trace et la fixité des modèles. Incorporé, introduit sous la peau, introjecté, le discours symbolique est inscrit pour toujours ; en cela, il manifeste une quête d'absolu. En délimitant ce qui relève de la culture en opposition avec la nature, il exalte aussi ce qui est caché sous la peau et prend le sens d'un blason. Rite de passage qui scande le temps social, il marque le passage à un autre état de conscience, non seulement en raison de la douleur à fonction cathartique, mais aussi par la transformation qu'il produit dans le corps et le psychisme du tatoué et dans le regard que la société porte sur lui.

Marque d'infamie

Le tatouage, comme toute autre marque corporelle, est interdit par la Bible (Deutéronome XIV 1, et Lévitique XIX 28) puisque il suppose l'altération de la figure de Yahvé dont l'homme est à l'image. Les marques tégumentaires sont prohibées par les trois religions du Livre. Même si les paléochrétiens inscrivent des croix sur leur corps, le concile de Calcuth (Northumberland) en 787 se prononce contre le tatouage des Pictes. Il est également considéré comme démoniaque dans l'islam orthodoxe. Dans les pays colonisés, cet argument théologique a prévalu pour éradiquer les pratiques jugées barbares de l'ornementation du corps et cette dévaluation perdurera jusqu'à la fin de l'époque coloniale.

Autre signe d'infamie, le marquage des esclaves se pratique depuis l'Antiquité, grâce à un fer ouvré rougi au feu appliqué sur une peau enduite de suie ou de graisse : en Grèce, le K est gravé sur les captifs réduits en esclavage et envoyés aux mines, les Samiens marquent les Athéniens captifs d'une chouette, les Siciliens marquent les esclaves d'une tête de cheval. Dans la Rome antique, les esclaves qui ont tenté de fuir portent la marque des fugitifs, l'epigramma fugitivorum (cave a fugitivo, « attention au fugitif » ; tene me quia fugi, « détenez-moi car j'ai fui » ; et même revoca me a domino meo, « ramenez-moi à mon maître »). Au Moyen Âge, les voleurs sont marqués d'une fleur de lys. Sous l'Ancien Régime, les galériens portent les lettres GAL, les voleurs V, les mendiants M. Le Code noir de 1685 (article 38) exige la fleur de lys pour les esclaves noirs fugitifs. En 1810, le code pénal décline le marquage du T pour travaux forcés, TP pour travaux à perpétuité, F pour faussaire. La flétrissure sera interdite en 1852. Comme la machine dans La Colonie pénitentiaire de Kafka inscrit la sentence dans la peau, la flétrissure énonce la Loi valable pour les hommes et les femmes qui ne sont plus distingués. Une perspective verticale prévaut et rend cohérent le système où le rite social, la sanction et la pulsion de mort proclament l'interdit.

De fait, en parallèle et comme en réponse à cette flétrissure pénale, le tatouage fleurit au sein de la pègre et de tous les milieux marginaux qui regroupent des individus du même sexe : travailleurs de chantiers, marins et pêcheurs de haute mer, soldats des casernes, prostituées des bordels, détenus dans les prisons, enfermés dans les asiles, élèves d'internats. Il rend manifeste la marginalité ou la « primitivité des individus », comme le pensent les criminologues Lombroso et Lacassagne, qui y voient un vestige atavique commun aux sauvages et aux criminels. Tatouage d'identification pour ces populations, la marque tégumentaire signifie la rupture subie mais assumée aussi avec la société ; elle scelle l'endurcissement vécu comme une catharsis, la violence que la société fait subir aux corps exclus, en même temps que l'angoisse de cette exclusion et la pulsion de mort. L'infâme décide de son tatouage et élabore son identité à partir de cet ostracisme. Le geste est clandestin, le dessin caché par les vêtements ou les plis de la peau, la visibilité n'existe que pour le tatoueur et le tatoué. Code ou langage graphique, viril et identitaire, ce tatouage dénote l'introjection de son châtiment par le condamné, comme une complainte narcissique. S'y révèle toute une sémiologie : trois points au repli de la peau entre le pouce et l'index signifient « mort aux vaches » ; un point au centre de quatre points au poignet, « seul entre quatre murs » ; un point sur chaque phalange, « j'emmerde la justice jusqu'au bout des doigts » ; un point sur la troisième phalange de chaque doigt sauf le pouce, « le chemin du bagne » ; un navire « toutes voiles dehors » ; un poignard entouré d'un serpent, la vengeance ; des devises affirment une sorte de philosophie de la résignation : « Fatalitas », « marche ou crève », « souffre en silence ». Les criminels les plus endurcis se font graver des pointillés autour du cou en attendant la guillotine, ultime marque d'autonomie. Il est à noter que les inscriptions sont scripturaires plutôt que dessinées : initiales, graffiti, chiffres sont majoritaires, même si les dessins obscènes, les figures de femmes ou de caïds, les symboles de liberté ou de violence existent. Ces autobiographies corporelles sont la marque d'une souffrance, d'une revendication de l'exclusion, d'une identité même honnie par la société, mais attestent parfois aussi de vœux, d'attachements amoureux ou familiaux, sortes de talismans indélébiles et protecteurs. La marque dit le prix du sang versé pour cet attachement, cet amour, et témoigne de sa force au-delà du bien et du mal.

L'exemple extrême de la déshumanisation infligée par tatouage est celui du numéro d'arrivée dans les camps de concentration et d'extermination nazis. Appliqué sur le poignet des déportés, il attestait la séparation d'avec les vivants, un marquage administratif qui permettait la comptabilité d'un « cheptel », le traitement industriel de corps voués à la déréliction et à l'épuisement jusqu'à ce que mort s'ensuive. Un delta en majuscule apposé avant le matricule marquait encore, à ce point de non-retour, la stigmatisation spéciale des Juifs par les nazis.

Art de l'Orient extrême

Au Japon, le tatouage connaît à la fois un sens anthropologique et social. Un texte chinois Chroniques des Wei (350 après J.C.), fait mention de « barbares de l'est » portant des tatouages sur le visage et les corps. Dans la culture Yahoi (300 av. J.-C.- 300 apr. J.-C.) de l'ancien Japon, les autochtones portent des tatouages indiquant leur rang. Le tatouage semble avoir été diffusé à partir du sud par les migrations du peuple aïnou, dont les pratiques sont attestées. Repoussés au nord de l'île, les Aïnous pratiquaient un tatouage qui était réservé aux femmes. Celles-ci portaient des lignes ondulées autour des sourcils, des parures bleu- noir se terminant en pointe autour de la bouche comme une sorte de moustache, et des motifs sur les bras et les mains. Ces formes, réalisées en entaillant la peau et en y incluant de la poudre de charbon de bois, trouvaient leurs significations dans de nombreux mythes et dans l'organisation sociale, puisqu'un tatouage complet était le signe de reconnaissance et le symbole de la femme mariée adulte. Interdit en 1871, la teinture des corps à l'encre a remplacé le tatouage pour les fêtes et les cérémonies.

À partir du vie siècle, le tatouage est aussi un signe d'infamie, irezumi no kei, comme en Chine où il est l'une des cinq punitions. Il apparaît dans un code de 1232 comme alternative aux oreilles ou au nez coupés. À Edo, on tatoue l'idéogramme « mauvais » sur le front du criminel, à Kyōtō, une double barre sur le biceps et à Nara, une double ligne circulaire. Au xvie siècle, il reste un signe d'opprobre, réservé aux classes sociales méprisées. La caste des Eta, équarisseurs, fossoyeurs, manœuvres qui habitent dans des quartiers spéciaux, porte des marques infamantes. Mais il tend progressivement à devenir ornemental.

Au cours du xvie, il se transforme en un mode d'identification des clans de soldats avant de devenir allégorique. Dans ce cas, il représente des idéogrammes et se décline sous deux formes : l'incantation qui se traduit par des invocations du Bouddha, des prières, des images pieuses, ou le serment, très en vogue dans le quartier des courtisanes. On parle de tatouage d'amour : un point à l'encre à l'intérieur du poignet, appelé irebokuro, littéralement « entrer un grain de beauté », signifie l'amour, puisque lorsque les mains se joignent les deux grains de beauté se recouvrent l'un l'autre. Les amants se font graver à l'intérieur de la cuisse les idéogrammes de leurs noms de part et d'autre d'une ligne portant à son extrémité un petit chapiteau et cette figure s'appelle aiaikasa, littéralement « l'amour sous un même parapluie ». Ce tatouage, qui connaît une grande vogue parmi les courtisanes et leurs amants, va perdurer jusqu'au milieu du xxe siècle. Parallèlement, le tatouage du corps devient pour les criminels le moyen de camoufler la marque d'infamie au sein d'un motif plus étendu.

À la fin du xviie, sous l'influence d'un roman intitulé Suikoden (Au bord de l'eau), dont les héros hors la loi portent des tatouages de dragons, tigres ou fleurs, se répand le tatouage pictural, Nihon Irezumi : les graveurs mettent à la mode les tatouages dans leurs estampes et les tatoueurs vont puiser leurs figures dans l'iconographie des premiers. Le bain devient un lieu d'exhibition d'une mode « époustouflante ». Le tatouage apparaît dans le kabuki, où les personnages de bandits sont tatoués et causent l'effroi, les estampes révèlent le goût pour « la peau de brocart ». La pratique, qui se veut une expression du courage et de l'endurance, demeure néanmoins plébéienne. Les corporations d'artisans se tatouent : les pompiers portent des motifs aquatiques, les hommes de peine, un cache sexe, un joueur professionnel des cartes, signes qui dénotent leur corporation, mais aussi leur capacité d'endurance à la douleur. Au milieu du xixe, les ikeru ukiyo-e, c'est-à-dire les « images vivantes du monde flottant », selon la formule du tatoueur contemporain Bonten Tarō reprise par Philippe Pons, sont à leur apogée, mais elles expriment la crainte de la fin du monde, et l'espoir d'un renouveau. Elles reflètent également une revendication d'identité dans des corporations marginales et l'exaltation du corps nu. Des concours de tatouages sont organisés qui révèlent de motifs extraordinaires, comme des cartes de jeu nippon ou un dragon, un singe, un crabe, ou « une abeille piquée d'une épingle sur la verge », tellement réaliste qu'on s'attendait à la voir s'envoler si on enlevait l'épingle.

Les Occidentaux, qui débarquent au Japon à partir du milieu du xixe siècle, s'étonnent de cette pratique. Le comte de Beauvoir décrit « un tatouage écarlate qui représentait la lutte d'une femme et de grands oiseaux et un serpent » ; Laurence Oliphant « des poissons rouges qui s'ébattent entre les épaules ». Ces visiteurs européens incitent les autorités de Meiji à interdire les tatouages en 1873, même si les Occidentaux, tels le tzarévitch, futur Nicolas II, la reine Olga de Grèce et bien d'autres têtes couronnées, n'ont pas hésité à y avoir recours. Redevenus légaux après la Seconde Guerre mondiale, ils restent très prisés par la pègre. Les tatoueurs contemporains issus de lignées de grands tatoueurs du passé, conçoivent des œuvres inspirées par les estampes ou inventent des dessins orignaux. Les motifs subtils aux couleurs vives, peuvent recouvrir le dos jusqu'au milieu des cuisses ainsi que le buste et les avant-bras, mais laissent un espace libre sur la poitrine, « la rivière ». Chrysanthèmes, pivoines, fleurs de cerisier symboles du bref passage sur terre, lion chinois symbole de la force, la carpe de la ténacité, le dragon de la totalité du monde, côtoient les divinités du panthéon bouddhique, les bandits célèbres, les mythes nationaux. Les femmes portent des figures plus petites ou des formes aérées qui jouent sur le contraste entre les couleurs vives et la peau blanche.

Malgré son prix élevé, le tatouage reste l'apanage de la pègre ou des classes populaires qui endurent des épreuves douloureuses et se marginalisent, tout en s'incluant dans une communauté, celle des tatoués. Il dénote la quête d'unicité dans une société uniforme, parfois un certain autoérotisme, ou un désir d'éternité, comme en témoignent les peaux tatouées léguées par leurs porteurs à la faculté de médecine de l'université de Tōkyō.

Le tatouage dans nos sociétés postmodernes

Le tatouage a surtout connu une axiologie négative dans les sociétés hiérarchisées ou dans les sociétés de souveraineté, telles que les décrit Gilles Deleuze, même s'il a été à la mode chez les têtes couronnées de se faire tatouer à la fin du xixe siècle. L'histoire a aussi gardé le souvenir de Bernadotte, maréchal d'Empire devenu roi de Suède, refusant de se faire saigner parce que son bras portait un « Mort aux rois » datant de la Révolution. Arboré par les marginaux, les galériens, les criminels, il a aussi perduré chez les soldats pendant la Seconde Guerre mondiale, tatoués pour que leur cadavre soit reconnu, ou porteurs de marques mélodramatiques et amoureuses pendant la guerre du Vietnam. L'inscription amoureuse, en s'incarnant dans la peau, renforce l'attachement par le prix du sang et le caractère indélébile.

Un pratique déritualisée

L'apparition de ce que Gilles Deleuze appelle les « sociétés de contrôle » à la fin du xxe siècle change le statut du tatouage, comme celui du corps en général. Si le regard social se transforme, c'est parce que le signe d'infamie devient un signe d'ornementation, sans perdre toutefois sa signification marginale ou communautaire dans un premier temps. Porté dans les années 1960 par les bikers (motards), les Hell's Angels notamment, il représente des symboles violents, des têtes de mort, des svastikas, qui se lisent comme un stigmate de rupture avec la société et entraînent le rejet. Dans les années 1970, les Punks usent de tatouages guerriers, de signes de mort, de figures de divinités antiques inscrites sur des corps dévastés. La décennie suivante voit proliférer des tatouages concernant des communautés sexuelles minoritaires à pratiques sadomasochistes. Les motifs sont violents : guerriers géants, femmes sexy avec des lanières de cuir... S'y adjoint aussi le branding (marquage au fer rouge) dans des cérémonies sadomasochistes intégrant la douleur dans un « rite » expiatoire ou de soumission à un maître ou à une maîtresse. Au cœur d'un jeu d'adultes consentants, le branding mime des signes d'asservissement anciens, et dénote un processus de jouissance dans la douleur et de la force d'endurance des esclaves sexuels. Il évoque également le marquage animal, tout en ayant aussi parfois un sens politique. La cérémonie de domination et la marque renvoient à l'oppression que font peser sur les corps les sociétés disciplinaires, que Foucault a décrites et que Deleuze, allant au-delà, a appelées « sociétés de contrôle ». À partir des années 1990, le tatouage se banalise et, absorbé par la mode, il connaît une expansion qui doit plus au mimétisme qu'aux choix identitaires, sexuels ou tribaux. Des kits de tatouage provisoire en vente dans le commerce témoignent bien de la perte de sens de cette inscription cutanée. Des tatouages éphémères au henné contribuent à renforcer cette évolution, sauf à être les esquisses préparatoires d'un dessin à venir.

Si le tatouage n'a plus un sens religieux ou mystique, ses adeptes revendiquent néanmoins un lien avec des formes tribales, païennes de rituels abolis par la culture judéo-chrétienne, mais qui ne sont souvent, comme dans les rituels déchristianisés des sociétés de la sortie du religieux, que des bricolages privés, sans plus aucun lien avec une croyance collective. Objet esthétique et libérateur à la fois, il demeure cependant une épreuve physique forte et permet d'exprimer quelque chose de soi. Lors des tatouages en public dans les salons, l'exhibition de l'opération, l'ostension des plaies sous un pansement de plastic transparent, le dialogue avec les visiteurs pendant l'acte, font partie d'une mise en scène narcissique. Au-delà des motifs disponibles sur catalogue, certains tatoués n'hésitent pas à créer eux-mêmes leurs motifs et à affirmer leur créativité. Certains déclinent avec fierté, comme s'ils étaient des tableaux vivants, l'identité des différents tatoueurs qui les ont décorés.

Rite de passage pour les adolescents ou révélateur de pulsions enfouies, le tatouage tend à devenir un art, une mise en scène du corps, une pratique à la fois esthétique et cathartique, qui conforte ou affirme une identité moins sociale qu'idéalement humaine. Désormais, il correspond à une démarche volontaire d'esthétisation du corps qui puise ses thèmes dans un catalogue de formes renvoyant à une culture musicale (motifs pin up, rock'n'roll), « tribale » (dessins océaniens, asiatiques, celtiques), héroïque (dessins inspirés par les mangas, de l'heroic fantasy, la fiction gothique), biomécanique, abstraite, new school (graffitis), new age... Les femmes, quand elles n'appartiennent pas à une communauté définie comme celles des bikers ou des modern primitives, choisissent des motifs de petite taille, tribaux ou figuratifs, tels que des dauphins, des licornes, des étoiles, des signes astrologiques qu'elles se font tatouer dans des endroits discrets : chevilles, épaule, chute de la nuque, bas des reins, aine. À l'inverse, les hommes recourent aux formes plus agressives sur des zones visibles : avant-bras, bras, épaules. Même si ces marques n'ont aucun lien avec des croyances religieuses, leur inscription demeure un rite initiatique où le versement du sang et l'épreuve de la douleur scandent le passage à un autre état, la naissance à soi-même, une complétude nouvelle et jubilatoire. Si l'exhibitionnisme peut y jouer un rôle, il est secondaire par rapport à la construction d'un corps esthétique et érotique unique, transformé par sa propre volonté et source d'admiration.

Parallèlement, le tatouage amoureux inscrivant dans la peau l'éternité de la passion subsiste toujours comme témoignage de fidélité et d'exclusivité, sous forme de cœurs, de prénoms gravés, ou de devises... quelques fois recouverts au fil de la vie par les tracés d'un autre tatouage dédié à un nouvel amour.

La séance de tatouage

Comme les anciens rituels, le tatouage est réalisé à l'abri des regards, hormis lors des salons annuels, où l'ostension fait partie de l'acte. Le choix du motif, la durée des séances ont été discutés avec le tatoueur, sélectionné pour son talent, son style, son écoute. La crainte de tomber sur un tatoueur incompétent oblige à une sélection, à des demandes de conseils, à des visites chez l'artiste pour élaborer le motif. Le tatouage ne peut être compulsif. Il est un processus réfléchi qui engage la personne qui le souhaite. Sinon, il n'est pas rare que le tatoueur renvoie le client. Certains tatoueurs ont acquis une renommée internationale grâce à la beauté et à l'inventivité de leurs motifs, à la grâce de leurs traits ou à leur subtilité chromatique. Ils ont en général commencé à se tatouer eux-mêmes, puis ont fait leur apprentissage chez un maître, avant de s'installer et de produire leur propre style. La profession n'est pas réglementée, c'est pourquoi il est recommandé de se renseigner sur les qualités professionnelles du tatoueur. Le désir d'accéder à cette profession participe d'une sorte de révélation, d'initiation profane bien compréhensible puisque le tatoueur se tatoue lui-même avant de faire bénéficier ses clients de son savoir-faire.

Pendant la ou les séances, des relations d'intimité, de séduction vont s'exercer entre les deux protagonistes : dialogue de peau à peau, abandon à la main d'un autre, angoisse du client. Le tatouage est parfois une sorte de confession, notamment lorsque le motif obéit à un choix singulier, original ou amoureux, que le tatoueur doit recevoir sans jugement ni critique, hormis en ce qui concerne le travail du motif et l'exécution. En même temps, il doit savoir s'effacer, même s'il trouve le motif artistiquement laid.

Sur le corps allongé ou assis, le tatoueur introduit l'encre avec un dermographe, attaché à une barre avec un canon électrique et composé d'aiguilles. Enclenché, ses pointes se déplacent de haut en bas et l'action des aiguilles permet l'insertion de l'encre sous la couche la plus haute de l'épiderme. Les couleurs sont parfois fabriquées par les tatoueurs eux-mêmes et permettent des dégradés, des dilutions, des tracés extrêmement fins, et même des effets de dorure ou de chrome, sans utilisation de particules métalliques. Le tatouage est moins douloureux qu'auparavant, néanmoins il engage une capacité physique et psychique à supporter la douleur, moment fondamental de l'acte lui-même. Il est déconseillé à certains groupes à risque (alcooliques, diabétiques, personnes contaminées par les virus du sida, de l'hépatite, femmes enceintes), de se faire tatouer en raison des risques d'infection ou de contre-indications médicales. Les mineurs doivent demander une autorisation à leurs parents. La législation sur les tatouages est en cours d'élaboration, néanmoins le Conseil de l'Europe a adopté, le 19 juin 2003, une « résolution sur les tatouages et maquillages permanents ». Ce texte vise à introduire une législation spécifique sur la composition des produits servant au tatouage et au maquillage permanent (sourcils, lèvres, traits d'eye liner autour des yeux dans le cadre d'une recherche esthétique ou d'une reconstruction plastique), et à assurer la gestion hygiénique de leurs conditions et techniques d'application.

Signification psychosomatique

Le fait de se tatouer entraîne des modifications psychiques chez le tatoué, telles que la confiance en soi, le sentiment d'unicité, d'originalité en même temps qu'il l'inclut dans une catégorie, ceux qui sont ornés. S'il n'est que décoratif, le tatouage comble un narcissisme défaillant. Par contre, le port d'un motif violent fait accéder à la surface de la peau des pulsions sombres, des fantasmes et devient un aveu assumé et exorcisé. Il est aussi destiné à attirer le regard et à effrayer.

L'analogie structurelle entre la peau et le psychisme a été explorée par le psychanalyste Didier Anzieu. Selon ce schéma, le Moi est formé de la projection mentale de la surface du corps. Cela signifie notamment que le signe tatoué ne pénètre pas seulement la peau, mais affecte aussi le psychisme, induisant des métamorphoses. Restauration narcissique, affirmation de soi, érotisation du corps, autobiographie, aveu d'un choix sexuel, participent de cet acte qui engage la peau. En cela, le tatouage peut être thérapeutique, constructeur ou révélateur d'identité et de singularité. Il est un dialogue de soi à soi, secret ou ostentatoire. Le tatoué peut aussi vouloir renouveler l'expérience de l'offrande douloureuse. C'est la raison pour laquelle certains finissent par être totalement recouverts. L'ornementation devient un processus long et sans fin, une sorte d'addiction, comme s'il fallait poursuivre une histoire ou développer une métaphore, écrire encore quelque chose de soi sur sa peau et devenir précieux.

Malgré sa déritualisation, le tatouage peut en fin de compte être analysé comme un pacte passé avec sa peau, à la frontière de soi, qui engage moins le paraître que l'être. Qu'il soit blason, signe d'identification, ornement jubilatoire ou bréviaire magique, il convoque des métamorphoses touchant à l'être du sujet. Le tatouage, en devenant immanent au corps fini, essaierait de construire une transcendance pour le sujet, de se faire lui-même transcendant. Si la quête d'un corps sans fin échoue devant la mort, un geste prométhéen, à la fois merveilleux et dérisoire, a été tenté. Se faire unique et démiurge de sa propre forme, se différencier par l'indélébile dessin, demeure envers et contre tout une marque d'humanité devant l'indifférence du monde.

—  Dominique PAQUET

Aspects dermatologiques

Du point de vue médical et thérapeutique, le tatouage soulève principalement deux types de questions pratiques, relevant de la dermatologie.

Tatouages reconstructeurs et esthétiques

Ils ont pour fonction de restaurer l'image corporelle abîmée par un accident, une dermatose ou une intervention chirurgicale mutilante, ou simplement de réaliser un « maquillage permanent ». La première tentative de tatouage médical et/ou esthétique – ou dermopigmentation –, remonte à 1835. Le docteur Pauli de Canda, en Allemagne, propose d'introduire par tatouage de la poudre blanche pour dissimuler les grains de beauté et les angiomes. L'Américain Samuel O'Reilly, en 1910, invente la première machine à tatouer électrique, facilitant ainsi la technique du tatouage. La dermographie à usage médical restait cependant une pratique confidentielle. Ce n'est qu'avec l'apparition, en 1986, de pigments couleur chair qu'elle va se développer.

La demande la plus fréquente en termes de « dermopigmentation » est la reconstruction d'une aréole mammaire, après une opération du sein. On peut également proposer la pigmentation de zones circonscrites privées de leur pilosité ou celle de taches définitives entraînant un traumatisme psychologique important. D'ordre purement pratique, on réalise le tatouage de l'ourlet des lèvres, des cils (eye-liner) ou des sourcils, pour faciliter le maquillage.

Techniques de détatouage

Parmi les effets indésirables du tatouage figurent en bonne place les réactions allergiques dues aux sels métalliques utilisés pour confectionner les couleurs. Ces réactions, de plus en plus rares grâce à l'emploi de substances non réactogènes, restent difficilement prévisibles. La couleur rouge, obtenue à partir du cinabre ou sulfure de mercure, et occasionnellement le vert, obtenu à partir du chrome, provoquent des boursouflures et des démangeaisons. Le pigment crée une irritation permanente et le seul vrai remède est la suppression du tatouage.

Le tatouage – c'est la plainte la plus fréquente – peut également entraîner une gêne psychologique. Il peut être une entrave à l'embauche, principalement dans les métiers relationnels. Rappelons qu'en France, la gendarmerie et la police nationale, surtout dans la mesure où le tatouage est inscrit sur l'avant-bras (donc visible les manches retroussées) refusent l'incorporation des tatoués.

Il arrive souvent que le tatouage soit mal accepté par la famille ou le conjoint. Porter un tatouage est en effet différent d'arborer un « gri-gri » ou une boucle d'oreille. Le corps est directement altéré par le tatouage. Il est toujours facile d'enlever un bijou ou un ornement. En revanche, le tatouage est indélébile et l'on ne s'en débarrasse jamais sans interventions techniquement délicates et/ou coûteuses.

Le désir de détatouage correspond généralement à un changement de situation. Il signifie qu'il y a rupture avec un passé que pérennise la trace indélébile soumise au regard et au jugement d'autrui. La crise d'identité étant terminée et le moi affermi, le tatouage ne sert plus à rien. Il devient même gênant et peut ou doit alors être éliminé. Le tatoué veut se « réhabiliter », il veut faire « peau neuve ».

Aucune technique ne s'avère parfaite. La cicatrice, inévitable, participe elle aussi de l'économie symbolique de l'acte, vécu comme une purification. De nombreuses recettes empiriques faisant appel à des procédés caustiques ont traversé les âges. Elles font partie des traditions populaires, transmises oralement de génération en génération. Les méthodes modernes sont aussi variées et dépendent de l'urgence à détatouer, de la motivation du tatoué et des possibilités techniques du praticien. Les détatouages par brûlure (application caustique, électrocoagulation, laser CO2 ou laser argon...), par gelure (à l'azote liquide), par dermabrasion (meulage mécanique progressif de la peau jusqu'à l'encre du tatouage) ou par exérèse chirurgicale laissent inévitablement des cicatrices plus ou moins esthétiques puisque l'hypoderme est atteint, le tatouage étant très profond. Seuls les lasers pigmentaires, fondés sur le principe de photothermolyse sélective, ont finalement donné la possibilité, à partir des années 1990, de faire disparaître sans laisser de traces la majeure partie des tatouages.

—  Catherine GROGNARD

Bibliographie

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Pour citer l’article

Catherine GROGNARD, Dominique PAQUET, « TATOUAGE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tatouage/