MUTILATIONS RITUELLES

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Pratiques qui consistent à couper, séparer, détruire ou déformer de quelque manière une partie du corps, les mutilations rituelles modifient la situation sociale ou la personnalité d'un individu d'une façon visible et reconnaissable par les membres de la société à laquelle il appartient. Ces mutilations font généralement partie des rites qui accompagnent l'initiation, le mariage ou le deuil. L'individu mutilé est séparé du reste de la population par un rite qui, en même temps, l'intègre à un groupe spécifique, tout comme l'enfant devient un mâle adulte grâce au rituel de la circoncision. Les mutilations déterminent une différenciation permanente, et non une simple distinction temporaire comme le port d'habits spéciaux ou d'ornements corporels.

Labret

Photographie : Labret

Le port d'un disque dans la lèvre supérieure ou inférieure, le labret, est une mutilation rituelle pratiquée par différents peuples, notamment en Afrique noire et en Amazonie. 

Crédits : Éric Lafforgue/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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Si les mutilations rituelles sont extrêmement répandues et d'une grande diversité, elles n'en présentent pas moins, ainsi que le note B. Malinowski, une grande similitude : « Ainsi les novices doivent subir une période plus ou moins prolongée de retraite ou de préparation. Puis vient l'initiation proprement dite, au cours de laquelle le jeune homme qui passe par une série d'épreuves est finalement soumis à un acte de mutilation corporelle [...] mais, à côté de l'épreuve, moins frappant et moins dramatique et en réalité plus important, intervient le second aspect de l'initiation : l'enseignement systématique du mythe sacré et de la tradition au jeune homme, auquel seront dévoilés peu à peu les mystères de la tribu et présentés les objets sacrés. »

Les mutilations rituelles peuvent comporter notamment la circoncision, qui est extrêmement répandue, la subincision (incision de la partie interne du pénis jusqu'à l'urètre), l'excision du clitoris, l'extraction ou le limage des dents, la perforation du lobe de l'oreille ou de la cloison nasale, le tatouage (incision donnant une cicatrice en creux ou en relief et la piqûre, méthode où le dessin est produit par une instillation de couleur sous l'épiderme).

On considère fréquemment, dans certaines sociétés, que les mutilations contribuent à embellir les individus : pratiquée dès l'enfance dans la Chine traditionnelle, la déformation du pied de la femme le réduisait à un moignon de dix à quatorze centimètres de long ; le petit pied a toujours eu pour le Chinois une attraction sexuelle très forte.

L'ablation des phalanges des doigts ou des orteils en Nouvelle-Guinée est l'indice de l'appartenance à tel clan, à telle tribu, ou une marque de deuil. À l'âge de la puberté, les dents sont arrachées aux jeunes aborigènes australiennes ; en Afrique occidentale, on les taille en pointe.

Intimement liées à un caractère religieux, initiatique ou communautaire, les mutilations rituelles facilitent l'identification du sujet par le corps social tout entier. Si « toute loi est écrite, voici que se reconstitue, d'une certaine manière, la triple alliance déjà reconnue : corps, écriture, loi. Les cicatrices dessinées sur le corps, c'est le texte de la loi primitive, c'est en ce sens une écriture sur le corps » (Pierre Clastre, L'Homme, t. XIII, no 3).

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Pour citer l’article

Yvan BARBÉ, « MUTILATIONS RITUELLES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mutilations-rituelles/