SOLON (env. 640-apr. 560 av. J.-C.)

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Homme d'État, législateur et poète athénien. Né, selon la tradition, dans une famille de souche royale, Solon doit, pour reconstituer un patrimoine dilapidé par son père, s'adonner au commerce maritime et entreprendre de nombreux voyages. Il n'en participe pas moins activement à la vie politique de sa patrie. Les Élégies qu'il compose pour répandre ses idées font de lui le premier des publicistes. Il joue même un rôle panhellénique quand il entraîne l'amphictyonie de Delphes dans la première guerre sacrée (env. ~ 600). Sa célébrité justifie que les Athéniens le choisissent pour résoudre une crise qui avait tourné à la guerre civile. Il est élu archonte pour ~ 594-~ 593 (ou ~ 592-~ 591), et on lui confie, avec des pouvoirs spéciaux, la rédaction d'un Code et d'une Constitution.

La crise qu'il doit surmonter est de nature agraire, mais ses répercussions se font sentir sur tous les plans. À la fin du viie siècle, le petit propriétaire foncier n'arrive plus à vivre. Il lui faut emprunter. Comme gage, il ne peut donner sa terre, alors probablement inaliénable, mais seulement la récolte à venir. S'il est contraint à plusieurs emprunts, celle-ci cesse de lui appartenir. Il tombe au rang de métayer, versant au créancier une redevance du sixième de la récolte, d'où le nom d'hectèmore (sizenier) qui lui est donné. S'il contracte de nouvelles dettes, il n'a plus que son corps à offrir et l'esclavage le menace.

La gravité du conflit vient de ce que le prêteur est l'aristocrate du cru qui, seul, a des disponibilités. Les dettes annulant la liberté d'exploitation du paysan, il est en passe d'imposer sa maîtrise absolue à la vie locale : dans une société agraire, la capacité politique est liée à la terre. L'hectèmore, qui a perdu la disposition de la sienne, cesse sans doute d'être citoyen, l'esclave sûrement. L'indignation qui en résulte est au même titre que la misère à l'origine de la révolte qui soulève les pauvres contre les riches et qui a pour objet l'abolition des dettes et une redistribution des terres.

La seisachtheia (rejet du fardeau) est le remède de Solon : il annule les dettes, rachète les esclaves, interdit les prêts sur corps. Implicitement, le statut d'hectèmore est aboli ; le paysan redevient son maître et citoyen. Mais Solon refuse obstinément de partager les biens nobles. L'insuffisance des ressources, cause des dettes, subsiste donc. N'ayant pas satisfait les révoltés tout en imposant de lourds sacrifices à leurs adversaires, il mécontente tout le monde et son œuvre est violemment attaquée.

La solution définitive sans doute conçue par Solon était à plus long terme. Son Code suggère qu'il veut vivifier l'économie et développer le commerce extérieur. De nombreuses lois témoignent certes de sa sollicitude pour l'agriculture traditionnelle. Mais l'interdiction d'exporter les produits du sol à l'exception de l'huile, monnaie d'échange très appréciée à l'étranger, montre qu'il veut aussi faire sortir l'agriculture de l'autarcie. Pour diversifier la production, il favorise l'installation d'étrangers à Athènes et y attire des potiers qui donnent à la céramique attique un premier essor. Il réforme les poids et mesures avec l'intention d'introduire Athènes dans les circuits du commerce maritime. Enfin, il est possible que la frappe des premières monnaies, vers ~ 575, lui soit due.

Les petits paysans une fois rétablis dans leurs droits politiques, Solon révise les pratiques constitutionnelles et les fixe par écrit. Il ne touche guère aux rouages anciens. On ne peut admettre, en particulier, qu'il ait créé un nouveau Conseil des Quatre-Cents, concurrent de l'Aréopage. En revanche, il accorde (ou confirme) l'accès à l'Assemblée de tous les citoyens, répartis en quatre classes censitaires qui proportionnent charges et droits aux revenus fonciers, mais nul n'est exclu de la participation au gouvernement. La fortune se trouve ainsi substituée à la naissance comme fondement du pouvoir, mesure peu sensible sur le moment, car noblesse et richesse se recouvraient encore, mais de portée considérable pour l'avenir. Enfin, il consacre aussi l'autorité du peuple dans l'ordre judiciaire en créant le tribunal de l'Héliée, qui n'est sans doute à ses débuts que l'Assemblée siégeant comme cour de justice.

Les réformes politiques de Solon n'ont pas un meilleur sort que son action sociale. La tradition veut qu'il ait quitté Athènes pour dix ans après voir fait jurer à ses concitoyens qu'ils ne toucheraient pas à ses lois. Que cette tradition soit vraie ou, plus probablement, fausse, le trouble persiste. Solon le combat en défendant son œuvre. Quand il devine les aspirations de Pisistrate à la tyrannie, il les dénonce, mais en vain, et l'ambitieux s'empare du pouvoir en ~ 561/60. Le tyran serait parvenu à séduire son adversaire qui meurt peu après.

La gloire de Solon rayonne à travers toute l'Antiquité. Déjà de son vivant, il fut rangé parmi les Sept Sages de la Grèce. Pour les Athéniens, il devint le législateur par excellence et son Code ne fut jamais abrogé. Ils le considéraient aussi comme le père de la Patrios politeia (Constitution des ancêtres), identifiée avec la démocratie classique. Sans doute peut-on voir en lui l'ancêtre, très éloigné d'ailleurs, de beaucoup des institutions de celle-ci. Mais le sens de son œuvre, telle qu'il le concevait, n'est pas là. Esprit profondément religieux, il voyait dans la crise qu'il affrontait une offense aux dieux et à l'ordre du monde qu'ils avaient instauré. Ce qu'il a tenté, c'est une restauration, et il s'est avant tout soucié de réforme morale. Il n'en a pas moins, serait-ce involontairement, entrouvert les portes à la démocratie et jeté les fondements de la grandeur d'Athènes.

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Toulouse

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Pour citer l’article

Jean DELORME, « SOLON (env. 640-apr. 560 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/solon/