ŚIVA ou SHIVA ET SHIVAÏSME

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Ce que l'on est convenu d'appeler hindouisme, quand on veut se référer à l'ensemble des croyances religieuses indiennes à l'époque classique, met au premier plan trois figures divines, Brahmā, Viṣṇu, Śiva. Une vue simple attribue trois fonctions précises à ces trois dieux, respectivement la création, la conservation et la destruction de l'univers. L'hindouisme accepte communément cette trinité sans établir de hiérarchie entre ces trois membres. Cependant l'on sait que l'hindou a coutume de choisir lui-même une figure divine particulière comme objet de son culte personnel. Aussi appelle-t-on souvent shivaïte l'individu qui, tout en respectant la conception trinitaire de la mythologie, donne la primauté à Śiva dans son rituel et sa dévotion personnels. Cette position n'est jamais exclusive et l'on ne saurait parler de secte shivaïte à propos de ceux qui la défendent. Cette attitude trouve sa justification dans le fait que les figures de créateur, conservateur et destructeur présentées par la mythologie ne sont que des figures personnalisées de l'être abstrait, principe de tout, auquel se réfère le terme « brahman ». La croyance fondamentale est en le brahman, Dieu unique, au-delà de toutes les propriétés que l'imagination humaine, incapable de le concevoir, lui attribue faussement. Or le culte matériel requiert un objet sur lequel l'esprit ordinaire puisse se fixer, donc une image concrète, une image sensible, telles celles qui sont données par la mythologie. Le dévot choisira d'honorer Dieu sous la forme qu'il a dans tel mythe qui lui est cher. C'est ainsi que l'iconographie de Śiva est en correspondance exacte avec sa mythologie.

On peut juger de l'importance de cette forme divine par l'abondance des temples qui lui sont dédiés, à elle ou aux figures de son entourage, la déesse, son épouse, Pārvatī ou Kālī, les dieux jeunes, ses enfants, Ganeśa, Subrahmaṇya, etc. À côté de ce shivaïsme non sectaire qui ne se distingue pas de l'hindouisme, il existe ou a existé des mouvements extrémistes qui ont érigé en doctrine la supériorité de Śiva, ont pris l'habitude d'appeler « Śiva » le principe suprême abstrait, ont fait de Śiva un dieu unique transcendant, les autres dieux formant autour de lui une cour d'anges ou d'archanges. Dans quelques cas, il a pu y avoir suffisamment d'organisation, d'originalité de doctrine, de souci de réformisme pour que l'on puisse considérer le groupe comme un élément bien distinct à l'intérieur de l'hindouisme. Ces groupes particuliers sont certes aujourd'hui très réduits en nombre (on ne sait pas non plus d'ailleurs évaluer leur importance numérique dans le passé), mais on ne saurait sous-estimer leur influence, le rôle qu'ils ont joué dans la formation et l'évolution de l'hindouisme. Ce sont eux que l'on doit considérer comme étant à l'origine de tout le rituel, de toute l'hymnologie de dévotion (sanskrite ou dans les langues régionales). Ce sont eux qui ont imposé l'image bienveillante de Śiva, dispensateur de la grâce, à côté de l'image terrible du destructeur.

Mythologie et iconographie

Les origines de la conception du dieu Śiva, de sa mythologie, des doctrines et du rituel śivaïtes sont mal connues. Le mot śiva n'est pas employé comme nom propre dans les textes indiens les plus anciens, qui sont les collections d'hymnes védiques ; il y est un adjectif signifiant « propice ». C'est seulement avec les derniers textes de la littérature védique que Śiva apparaît comme figure divine, comme autre nom du grand dieu védique Rudra, figure terrible avec, par ambivalence, un rôle de secoureur, de guérisseur magique, de « médecin des médecins ». Il y a donc une indéniable continuité Rudra-Śiva. Mais il n'en reste pas moins que la figure classique déborde très largement la figure védique, au point que la connexion ancienne puisse être oubliée, voire niée, comme cela s'est produit dans certains textes sectaires qui rejettent toute inspiration et toute autorité védiques dans les doctrines et rituels qu'ils exposent. Si des groupes śivaïtes ont manifesté une opposition plus ou moins ferme à la norme védique, des milieux védiques comprenant aussi d'autres milieux śivaïtes se sont opposés à des sectes śivaïtes extrémistes, sectes qui ne sont guère attestées dans la littérature que par les diatribes dirigées contre leurs rites rudimentaires, sanglants ou licencieux : elles admettaient le sacrifice animal ou humain et une mythologie d [...]

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Shiva et Parvati, art de l'Inde

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Dakshinamurti, le Maître de la Sagesse, art de l'Inde

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Pierre-Sylvain FILLIOZAT, « ŚIVA ou SHIVA ET SHIVAÏSME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/siva-shiva-et-shivaisme/