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SCYTHES

Mode de vie

À s'en tenir aux péripéties de l'histoire, les Scythes présentent l'image d'une horde nomadisante toujours prête à lancer ses cavaliers sur quelque riche terre, à piller ou à détruire. En fait, et compte tenu des mœurs un peu rudes des mondes policés de l'Antiquité, ces barbares ne méritaient guère plus cette épithète que bien des peuples civilisés de l'époque. Il convient avant tout de rappeler qu'il s'agit d'un ensemble unifié de populations diverses dont le développement politique et social s'étend sur un millénaire.

La confédération était gouvernée par le groupe des Scythes royaux dont la structure sociale avait évolué du matriarcat au patriarcat. Le rôle de l'homme, avec la charge du bétail et l'organisation des transhumances, était devenu prévalent, la fonction de la femme se réduisant à l'entretien du foyer et aux travaux ménagers. La nécessité pour les hommes d'assurer la sécurité des troupeaux et des pâturages, les exigences militaires et le profit des razzias accentuèrent encore la différence que consacrait la polygamie. La dévotion religieuse resta pourtant attachée à la grande déesse et, malgré l'apparition d'un panthéon masculin où se retrouvent les dieux de la Grèce et de l'Orient ancien, l'iconographie montre l'attachement des Scythes à leur ancienne divinité. Certaines confusions ont attribué aux Scythes l'organisation des Amazones. En fait, les femmes guerrières étaient l'apanage de leurs voisins, les Sarmates. Ceux-ci, peut-être moins nombreux à l'origine, mobilisaient tous les adultes pour la défense de la communauté. Ils renforçaient de plus l'homogénéité des troupes en imposant par voie de prescription religieuse que chaque fille ait tué un ennemi pour pouvoir prétendre au mariage. Au ve siècle avant J.-C., les Scythes appliquaient certaines règles démocratiques en usant d'assemblées populaires et de conseils d'anciens et de chefs, mais le pouvoir des grands chefs était déjà devenu héréditaire et le rôle des familles de notables donnait à la société un caractère nettement aristocratique.

Le territoire était divisé en quatre régions, ayant chacune à sa tête un gouverneur. Nommé par le roi, celui-ci devait entre autres ramasser les tributs tant des peuplades soumises que de certaines colonies grecques. Une règle stricte ordonnait à tous de conserver les coutumes et les modes de vie traditionnels. Ceux que tentait l'hellénisation étaient brutalement rappelés à l'ordre. Il en fut ainsi du roi Scyla, massacré par les siens pour avoir pris part aux mystères de Dionysos.

De nombreux témoignages montrent que les Scythes royaux avaient le souci d'une bonne gestion économique de leur domaine. Se voulant protecteurs des colonies grecques, ils assuraient la sécurité des transports et partageaient avec celles-ci les bénéfices d'un commerce florissant. Les échanges étaient équilibrés, les Scythes fournissaient du blé, du bétail, du miel, des poissons salés, du bois de construction pour les navires, des peaux, des fourrures et de l'or, sans oublier des esclaves ; les Grecs donnaient pour leur part des étoffes de laine, de l'huile, du vin et de multiples produits finis d'art et d'industrie.

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Écrit par

  • : conservateur en chef du musée Guimet, directeur d'études à l'École pratique des hautes études en sciences sociales

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

-1000 à -600. Le fer et les cavaliers

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Scythes

Scythes

Vase, art gréco-scythe

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Autres références

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    • Écrit par Daniel BALLAND, Gilles DORRONSORO, Universalis, Mir Mohammad Sediq FARHANG, Pierre GENTELLE, Sayed Qassem RESHTIA, Olivier ROY, Francine TISSOT
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