KONGO ROYAUME DU

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Les rois

L'histoire du Kongo est une histoire complexe : celle des souverains, celle d'une société et d'une civilisation créatrices (et non seulement répétitives), celle de relations internationales précoces.

Le roi forgeron

À l'origine se trouvent la légende et le mythe. Ils font apparaître le fondateur du royaume sous la triple figure d'un héros, d'un chef de guerre et d'un porteur de civilisation, et sous les quatre noms de Ntinu, Wéné, Nimi, Lukéni. Les deux premiers évoquant la qualité de seigneur ou de maître, les deux derniers une double appartenance clanique. Le point de départ reste incertain, et donc controversé : il semble que ce soit le minuscule royaume de Bungu, situé sur la rive septentrionale du Congo. Lukéni, fils cadet du souverain, fait sécession et devient conquérant après avoir traversé le fleuve avec ses partisans. Il répartit les terres conquises entre ses capitaines, fonde la capitale connue d'abord sous le nom de Mbanza Kongo, puis après la christianisation sous les noms de Kongo dia Ngunga (Kongo de la Cloche) et São Salvador (nom qu'elle porte encore aujourd'hui). La chronologie initiale demeure également incertaine, mais les généalogies royales permettent de situer l'entreprise du roi fondateur entre 1350 et les dernières décennies du xive siècle.

Les traditions proposent davantage une théorie du pouvoir qu'une information historique précise. Elles présentent une image « idéale » du roi, ou plutôt une image double et contradictoire. La souveraineté du jeune fondateur naît de la violence et de la magie (ses armes et son contact tuent) ; elle se fonde en même temps sur la sagesse et les talents du justicier. Le roi conquiert et domine, mais il organise, administre et impose la paix intérieure. Il est guerrier et destructeur, mais il civilise : on le dit inventeur de l'art de la forge. Il devient ainsi – et tous ses successeurs après lui – le « roi forgeron » qui donne à son peuple les armes de la guerre et les outils de l'agriculture, si bien que la métallurgie est au Kongo un privilège royal et aristocratique.

Le roi chrétien

La découverte du Kongo par les Portugais fut rapidement suivie des premières « expéditions missionnaires ». Le quatrième des rois kongo, Nzinga a Nkuwu, se fait baptiser ainsi que plusieurs notables en 1491 ; il adopte le nom de João Ier, par déférence pour le souverain portugais régnant. Cette union du pouvoir et de la foi chrétienne commence, en fait, par un faux mariage ; très tôt, les relations entre le roi et les missionnaires se dégradent : la « défection » du souverain, conséquence des oppositions et dissidences provoquées par sa conversion, est située entre 1492 et 1494. Par contre, son successeur, Afonso Ier (1506-1543) fut certainement le plus chrétien des rois de Kongo (on lui a donné le titre d'« apôtre du Congo ») et le plus réformateur.

On ne saurait tracer, avec une large présomption de conformité, le portrait physique et moral de ce souverain prestigieux. Les documents ont pour la plupart un caractère hagiographique ; ils exaltent sa sainteté et ses mœurs, son dévouement à la cause de l'Église catholique, ses appels répétés en vue d'une action missionnaire efficace ; ils ignorent les problèmes d'un souverain dont le pouvoir prend appui sur une tradition largement incompatible avec le christianisme. Dans un rapport adressé au roi du Portugal, en mai 1516, le prêtre Ruy d'Aguiar présente Afonso Ier sous les traits d'un seigneur de la foi, du savoir et de la justice.

L'acceptation du christianisme est évidente, mais elle ne s'explique pas simplement et ne se présente pas comme une adhésion totale. La volonté d'accéder aux connaissances et à l'efficacité rituelle, qui semblent assurer la puissance matérielle et la richesse des étrangers « venus de l'Océan », est peu contestable. Le christianisme et le savoir utile paraissent indissociables ; ils sont moins les moyens d'un accord avec Dieu – estimé très distant et peu soucieux des affaires humaines, selon la tradition kongo – que les instruments d'un renforcement de l'autorité.

Afonso Ier eut, d'une certaine [...]

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Georges BALANDIER, « KONGO ROYAUME DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/royaume-du-kongo/