NU-PIEDS RÉVOLTE DES (1639-1640)

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Une des nombreuses « émotions » qui troublent la période 1623-1648. La révolte des Nu-Pieds, soulèvement populaire de Normandie, est à la fois rurale et citadine ; elle fut châtiée par une expédition punitive du chancelier Séguier en personne.

Dans l'Avranchin en 1639, le bruit s'était répandu que le gouvernement allait interdire le sel blanc et établir la gabelle. Le pays jouissait du privilège du sel de la baie, et une telle décision menaçait les quelque 1 200 personnes qui vivaient des salines. Les troubles éclatent à Avranches le jour où un officier de police de Coutances est accueilli par des clameurs contre le « gabeleur, les monopolistes » : il est assommé par une foule déchaînée ; même sort est promis à quiconque voudrait introduire un nouvel impôt. En quelques semaines, l'agitation gagne toute la basse Normandie. Une armée de près de 20 000 hommes se lève dans les campagnes, encadrée par des gentilshommes et des prêtres. Ils disent avoir pour chef un certain Jean Va-Nu-Pieds, dont on a cherché en vain l'identité. Des manifestes en vers incitent à la révolte la noblesse normande, les bourgeois et les rentiers contre les humiliations et les spoliations. Il est fait appel à l'insurrection jusqu'en Poitou, en Bretagne, à Paris.

Le peuple de Rouen se soulève pour s'opposer à un nouveau droit sur les étoffes teintes ; robins, fabricants, artisans se jettent dans la révolte. Le premier officier chargé d'appliquer l'édit sur les teintures est tué sur le parvis de la cathédrale ; les maisons des traitants sont pillées, le bureau des aides attaqué ; un horloger, Gorin, prétend être le lieutenant de Jean Va-Nu-Pieds et prend la tête de l'émeute. L'agitation règne à Caen et à Bayeux.

Richelieu, qui ne veut pas détourner une armée des frontières pour rétablir l'ordre, conseille à ses agents d'agir avec adresse, puis le Conseil royal décide d'écraser la province rebelle : la répression est confiée au colonel Gassion et à ses troupes étrangères qui pillent Avranches et dispersent les Va-Nu-Pieds. Le châtiment s'abat sur Rouen où le chancelier Séguier s'établit à l'abbaye royale de Saint-Ouen (1640), loge ses soldats chez l'habitant, remplace la municipalité par une commission, interdit le parlement et surtout rétablit tous les impôts contestés. Quand il s'avance vers Caen, toute la Normandie est terrorisée.

—  Louis TRENARD

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Lille

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  • Écrit par 
  • Emmanuel LE ROY LADURIE
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Dans le chapitre « Révoltes antifiscales et antiétatiques »  : […] le sel vendu très cher par la gabelle gouvernementale... La révolte des nu-pieds de 1639, issue des petites communautés villageoises de laboureurs du bocage, est dirigée par des curés et vicaires, par de petits seigneurs et des nobles endettés, par des avocats besogneux. Elle a donc son clergé, sa noblesse, son tiers état ; et elle se dresse […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/civilisation-rurale/#i_37987

Pour citer l’article

Louis TRENARD, « NU-PIEDS RÉVOLTE DES - (1639-1640) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 décembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/revolte-des-nu-pieds/