NOMENCLATURE BOTANIQUE RÈGLES INTERNATIONALES DE

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Comment nommer les végétaux et les champignons ? Afin d'éviter toute ambiguïté, l'idéal serait que tout taxon, en particulier tout genre, espèce, sous-espèce ou variété, soit désigné, dans une langue donnée, par un nom et un seul, qui ne s'appliquerait qu'à ce taxon : ainsi pourrait-on, en particulier au niveau de l'espèce, établir une bijection entre l'ensemble des espèces de végétaux (ou de champignons) et l'ensemble des noms désignant ces espèces ou les individus appartenant à ces espèces.

La nomenclature scientifique, en latin, dont les règles – décidées et affinées lors des congrès internationaux de botanique – sont exposées dans le Code international de nomenclature botanique (International Code of Botanical Nomenclature, I.C.B.N.) et le Code international de nomenclature des plantes cultivées (International Code of Nomenclature for Cultivated Plants, I.C.N.C.P.), tend à réaliser cet idéal : il serait atteint le jour où, en mettant de côté les synonymes qui témoignent de l'évolution des recherches, des classifications et des connaissances, tous les végétaux et les champignons auraient été décrits et ordonnés au sein d'une classification pouvant être considérée comme définitive. Cela ne sera, hélas, jamais le cas, ne serait-ce que parce que de très nombreuses espèces disparaissent actuellement plus vite qu'il n'est possible de les étudier, en particulier lors de gigantesques incendies de forêts tropicales. Toutefois, en se limitant aux espèces décrites à un instant donné, les règles internationales de nomenclature botanique permettent de réaliser cet idéal formel : à une espèce correspond un nom scientifique et un seul (en excluant les synonymes, qui sont à rejeter), qui est le nom officiel de cette espèce, et il en est de même pour les cultivars.

Dans les langues vivantes naturelles, la situation des noms vernaculaires est évidemment tout autre (cf. noms vernaculaires, botanique et noms vernaculaires français, botanique).

Le Code international de nomenclature botanique traite des noms scientifiques des plantes, mais aussi des champignons et des lichens, traditionnellement considérés comme des végétaux. Toutefois, de plus en plus de spécialistes distinguent les champignons des végétaux, à la suite de R. H. Whittaker, qui a proposé en 1969 une classification des êtres vivants (virus exclus, qui n'ont pas toutes les caractéristiques des vivants) en cinq règnes : Monera ou monères, procaryotes, c'est-à-dire les bactéries (archéobactéries et eubactéries) ; Protista ou protistes, eucaryotes unicellulaires ; Plantae ou végétaux, eucaryotes pluricellulaires autotrophes au carbone (dont certains, les « plantes carnivores », sont mixotrophes : à la fois autotrophes au carbone et capables d'ingérer des proies animales) ; Fungi ou champignons, eucaryotes pluricellulaires hétérotrophes au carbone et absorbant les aliments ; Animalia ou animaux, eucaryotes pluricellulaires hétérotrophes au carbone et ingérant les aliments. La compétence de l'I.C.B.N. s'étend aussi à certains protistes (dont les « algues unicellulaires » et les levures, « champignons unicellulaires ») et même à certaines monères (les cyanobactéries, naguère nommées « cyanophycées » ou « algues bleues » et bien appelées « Cyanobacteria » depuis l'I.C.B.N.-2000, et les actinomycètes).

Bref historique

Tyrtamos d'Érèse, dit Théophraste (371 ou 370 av. J.-C. - 288 ou 287 av. J.-C.), qui succéda à Aristote à la tête du Lycée en 322 av. J.-C. et est l'auteur d'une œuvre philosophique considérable, est aussi l'un des tout premiers botanistes et mycologues dont au moins une partie de l'œuvre scientifique nous soit parvenue : dans ses ouvrages Περ̀ι ϕυτ̃ων α’ίτιων (Des causes des plantes, six livres) et Περ̀ι ϕυτ̃ων ‘ιστορία (Recherche sur les plantes ou Histoire des plantes, neuf livres), il décrit, nomme et classe de nombreux végétaux, champignons et maladies de ces organismes. Ainsi, le nom de genre Ostrya Theophr. ex Scop. provient-il du nom « ’οστρύα » par lequel Théophraste nomme Ostrya carpinifolia Scop., le charme-houblon, dont il donne une excellente description (in Recherche sur les plantes, III, 10, 3).

Avant Carl von Linné (1707-1778), de nombreux autres botanistes et mycologues ont fait progresser le vocabulaire, la nomenclature ou la classification. Pline l'Ancien (23-79) est l'auteur d'Historia naturalis, dont les livres XII à XIX sont consacrés à la botanique et où, d'après Thomas Archibald Sprague, environ cent quatre-vingt-sept termes sont les mêmes que les termes botaniques actuels ou y ont un sens proche. Saint Albert le Grand (1193-1280), évêque de Regensburg, savant, philosophe et théologien, utilise cent quarante-deux (d'après T. A. Sprague) termes plus ou moins botaniques dans De vegetalibus (Des végétaux), où il décrit et classe plus de quatre cents espèces. Valerius Cordus (1515-1544) laissa à sa mort le manuscrit d'Historia plantarum (Histoire des plantes), dans lequel il décrivait plus de 500 plantes dont probablement 66 nouvelles ; parmi elles, le jonc-fleuri (Butomus umbellatus L.), qu'il avait appelé « gladiolus palustris ». Citons encore : Leonard Fuchs (1501-1566), auteur de De historia stirpium (De l'histoire des plantes, 1542) ; Carolus Clusius (ou Charles de L'Écluse, 1526-1609) qui décrit et tente de classer environ 1 400 plantes ou champignons dans Rariorum Plantarum historia (Histoire des plantes rares, 1601) et Plantæ exoticæ (Plantes exotiques) ; les frères, tous deux médecins, Jean Bauhin (1541-1613), auteur de plusieurs ouvrages dont Historia plantarum universalis (Histoire universelle des plantes), paru après sa mort et comportant la description de 5 000 espèces, et Gaspard Bauhin (1560-1624), lui aussi auteur de plusieurs ouvrages, dont Phytopinax (1596), catalogue de 2 460 plantes, et Πίναξ Theatri botanici (Table d'un Théâtre de la botanique, 1623), table d'un ouvrage général dont il ne put rédiger que la première partie ; John Ray (1627-1705), auteur d'Historia plantarum (Histoire des plantes, 1686-1688 et 1704). Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), auteur de plusieurs grands ouvrages dont Éléments de botanique (6 vol., 1694), et qui le premier, d'après Henri Ernest Baillon, « a bien conçu le genre et l'espèce », a nommé de très nombreux végétaux : 698 genres définis, certains ayant été repris, beaucoup d'autres réorganisés par Linné.

Carl von Linné (1707-1778), dans ses œuvres majeures Genera plantarum (1737) et Species plantarum (1753), établit les bases de la nomenclature scientifique moderne. Il n'est pas possibl [...]

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  • : éditeur, diplômé en sciences de l'éducation, mathématique, économie, philosophie, ethnologie et bibliothéconomie

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Jean-Marie PRUVOST-BEAURAIN, « NOMENCLATURE BOTANIQUE RÈGLES INTERNATIONALES DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/regles-internationales-de-nomenclature-botanique/