PSYCHOLOGIE DES ÉMOTIONS

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L’émotion est-elle une expression ?

Inspirés par les travaux de Darwin sur l’évolution de l’expression des émotions chez l’animal, de nombreux spécialistes ont considéré les expressions (faciales, vocales, posturales, etc.) comme un aspect clé de l’émotion. En particulier, Tomkins conçoit l’expression faciale comme la composante centrale des émotions, et a créé la notion de « programme affectif », processus psychologique automatiquement déclenché par certaines situations de sorte qu’un ensemble déterminé d’activations cérébrales produise une activation des muscles du visage. De tels programmes correspondraient aux émotions importantes pour l’évolution, souvent caractérisées comme innées, rapides et facilement catégorisées. Même si les théoriciens ne s’accordent pas sur le nombre et la nature des « émotions de base » qu’ils proposent, ils incluent toutefois dans leur liste les émotions suivantes : colère, joie, tristesse, peur, surprise et dégoût. L’idée qu’il existe des émotions fondamentales n’est pas spécifique à cette approche inspirée de Darwin et se retrouve dans de nombreuses traditions, sans lien nécessaire avec l’expression : Descartes (Les Passions de l’âme, 1649, art. 69) faisait déjà la distinction entre six émotions primitives (l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse). À partir des années 1970, l’idée de l’universalité des expressions faciales a eu tendance à s’imposer, mais elle a été remise en cause en particulier depuis les années 2000 lorsque des chercheurs ont démontré l’importance du contexte dans lequel l’expression est perçue pour permettre sa reconnaissance. Par exemple, Hillel Aviezer et ses collaborateurs ont montré que des expressions faciales de sportifs qui gagnent des compétitions importantes peuvent être confondues avec des expressions de douleur, sauf si des éléments du contexte (par ex. l’expression corporelle) sont présentés simultanément.

Pour mesurer les expressions, il existe au moins trois techniques. Une première consiste à utiliser des études de jugement. Dans ce type d’étude, des expressions sont présentées à des participants (« juges ») à qui il est demandé de reconnaître des expressions réalisées par des participants naïfs, des acteurs, ou construites sur des avatars (expressions de synthèse). On peut ainsi faire le lien, en se fondant sur l’accord entre les « juges », entre des expressions spécifiques – muscles du visage, postures, ou dimensions vocales – et des labels émotionnels (la joie, la colère, l’amusement, l’intérêt, etc.). Une autre méthode, initiée principalement par Paul Ekman, est l’utilisation du facial action coding system (FACS) permettant de coder différentes parties de chaque expression du visage en unités séparées. Ainsi, des codeurs experts utilisant ce système peuvent proposer une cartographie des unités activées pour telle ou telle expression émotionnelle. De nombreux logiciels de reconnaissance automatique ont été développés pour détecter les expressions émotionnelles en situations écologiques. Finalement, la mesure la plus précise pour les recherches expérimentales utilise l’électromyographie qui permet une mesure de l’activité électrique de tel ou tel muscle durant un épisode émotionnel. D’autres méthodes se développent, comme l’utilisation de caméras thermiques qui permettent de mesurer à distance l’activité musculaire.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Genève, directeur du Centre interfacultaire en sciences affectives, Genève (Suisse)

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Pour citer l’article

David SANDER, « PSYCHOLOGIE DES ÉMOTIONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychologie-des-emotions/