PSYCHOLOGIE DES ÉMOTIONS

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L’émotion est-elle une réaction corporelle ?

La plupart des théories s’accordent sur le fait que les modifications corporelles, notamment celles liées au système nerveux périphérique (par ex. l’accroissement de la sudation ou l’accélération du rythme cardiaque), représentent une composante de l’émotion. Le rôle et la spécificité des réactions corporelles dans le cadre des émotions demeurent deux points débattus. Concernant le rôle des manifestations corporelles pendant un épisode émotionnel, certains chercheurs défendent une théorie « périphéraliste » en affirmant que c’est la perception même de cette réaction périphérique spécifique qui est l’émotion. Par exemple, William James a proposé une définition célèbre de l’émotion : « Les changements corporels suivent immédiatement la perception du fait excitant, et le sentiment que nous avons de ces changements à mesure qu’ils se produisent, c’est l’émotion. » James considère que nous sommes « affligés parce que nous pleurons, irrités parce que nous frappons, effrayés parce que nous tremblons, et non pas que nous pleurons, frappons ou tremblons parce que nous sommes affligés, irrités ou effrayés, suivant le cas ». D’autres auteurs défendent une théorie « centraliste » selon laquelle la réaction corporelle est déclenchée en réponse à des mécanismes du système nerveux central qui, eux, seraient essentiels à la spécificité de telle ou telle émotion. La recherche sur l’existence d’une réaction corporelle spécifique à chaque émotion de base ne justifie jusqu’ici aucune conclusion tranchée, et la question de savoir si l’on peut spécifier une émotion (par ex. la peur) de manière précise exclusivement en termes de réaction du système nerveux périphérique demeure très débattue. Si des mesures corporelles permettent de distinguer entre elles une émotion de colère et une émotion de peur, la distinction pourrait provenir de différences observées sur une dimension partagée par de nombreuses émotions (par ex. en termes d’approche-évitement) plutôt que de spécificités propres à chaque émotion. Néanmoins, de nombreuses théories actuelles, comme la théorie des marqueurs somatiques développée par Antonio Damasio et ses collègues, se rapprochent de la perspective périphéraliste en se fondant sur l’idée selon laquelle une émotion serait principalement une réaction somatique perçue par le cerveau qui permettrait de « marquer » les événements de l’environnement. Ces marqueurs somatiques seraient utilisés pour prendre des décisions – chaque option de la décision pouvant activer un marqueur somatique.

La réaction corporelle se mesure principalement de deux manières, l’une phénoménologique et l’autre psychophysiologique. En ce qui concerne la phénoménologie, des questions concernant la perception que les individus ont de leurs changements corporels leur sont posées (par ex. « avez-vous frissonné ? »). Les études en laboratoire utilisent souvent des mesures de la réponse du système nerveux périphérique, principalement de sa branche sympathique. La sudation (réponse électrodermale), la fréquence cardiaque et la température cutanée sont typiquement prises en compte, et des analyses de sécrétions hormonales, par exemple la mesure du taux de cortisol, peuvent également être réalisées pour mesurer la réaction corporelle.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Genève, directeur du Centre interfacultaire en sciences affectives, Genève (Suisse)

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Pour citer l’article

David SANDER, « PSYCHOLOGIE DES ÉMOTIONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychologie-des-emotions/