PSYCHIATRIE COMPARÉE

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Comparaisons nosographiques

Il est facile d'illustrer par de nombreux exemples la distinction que l'on vient de faire entre comportement et structure, entre trait symptomatique et organisation de la personnalité. On trouve dans les sociétés archaïques un grand nombre de conduites obsessionnelles (telles que les ritualisations phobiques destinées à écarter un danger), alors que les structures névrotiques obsessionnelles sont rares et presque inexistantes dans de nombreuses populations d'Afrique et d'Asie. C'est seulement dans certaines civilisations comme celles de l'Occident ou de la Chine que les névroses obsessionnelles sont chose courante. Ainsi l'abondance des conduites obsessionnelles dans une population ne prouve pas que celle-ci compte beaucoup de personnalités obsessionnelles. Ce serait plutôt le contraire ; il semble, dans ce cas, que l'individu se trouve dispensé de construire pour son propre compte un mode de défense contre l'angoisse que la société lui offre déjà tout construit. Cette observation peut être mise en relation avec d'autres. Par exemple, en Afrique occidentale, les formations de type sadique-anal sont peu élaborées dans les fantasmes, au point qu'on y observe une plus grande proximité qu'en Europe entre le registre oral et le registre phallique. Il en résulte, semble-t-il, pour les individus, une plus grande aptitude à subir des régressions profondes, ce qui n'est pas sans importance pour la clinique, comme on le verra. Auparavant, il convient de dissiper un malentendu.

Les défenses du registre anal étant peu élaborées dans les fantasmes, on pourrait être tenté de conclure que le genre d'éducation reçue dans la petite enfance explique l'absence ou la rareté des névroses obsessionnelles à l'âge adulte. Bien que cette hypothèse paraisse justifiée, son interprétation prête à équivoque. Prétendre, comme avait tendance à le faire Abram Kardiner, que les formes d'éducation expliquent les traits généraux d'une culture, c'est oublier que l'éducation à son tour reflète la culture ambiante et c'est faire surtout une confusion à propos de l'étiologie des névroses. La question des rapports entre l'enfance et l'âge adulte est l'un des principaux apports de la psychanalyse, mais cette question prête à malentendu. Lorsqu'on parle des influences de la culture sur l'individu en matière de névroses et de psychoses, le point décisif à ne pas perdre de vue est l'hypothèse freudienne du refoulement après-coup (nachträglich) ou du traumatisme en deux temps. Celle-ci, en résumé, se ramène à exclure tout déterminisme linéaire allant de l'enfance à l'âge adulte. Le traumatisme, ou l'influence pathogène, s'établit toujours en deux temps, le second événement étant, par voie associative, la reprise métaphorique ou métonymique d'une première série d'événements infantiles, et de telle sorte que le second événement fasse souvent écran à cette première série. Cela veut dire qu'une influence externe ou sociale ne peut pas être pathogène d'une manière directe, mais seulement d'après la manière dont s'effectue dans la biographie de l'individu la reprise du passé dans le présent. C'est d'ailleurs par des mécanismes de ce genre que parvient à se construire chez l'individu une relative autonomie personnelle. Kardiner, pour concevoir sa théorie des influences, s'était inspiré de son expérience sur les névroses de guerre, ce qui est un modèle très partiel de la vie sociale. La thèse freudienne de l'après-coup ou de la reprise du passé dans le présent doit être mise en rapport avec deux autres propositions : d'une part, l'affirmation que la sexualité chez l'être humain mûrit en deux temps assez espacés, ceux de la sexualité infantile et de la sexualité adulte, qui correspond à la période où se forme la personnalité – ce qui a pour effet de personnaliser notre sociabilité corporelle, c'est-à-dire la gamme des valeurs érotico-agressives qui sous-tendent nos relations avec autrui ; d'autre part, l'affirmation d'après laquelle, dans l'organisation de notre vie émotionnelle, la fonction symbolique procède par des substitutions partielles qui associent, dans des unités signifiantes complexes, un fragment du présent à un fragment du passé, un intérêt actuel à des intérêts infantiles refoulés mais qui survivent sous des formes déplacées ou condensées. Lorsqu'on env [...]

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Pour citer l’article

Edmond ORTIGUES, « PSYCHIATRIE COMPARÉE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychiatrie-comparee/