POSTCOLONIALES FRANCOPHONES (LITTÉRATURES)

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Caractéristiques

On a pu comparer les littératures postcoloniales à une forme de traduction par laquelle la langue du colonisateur se voit déformée, remaniée, retravaillée afin de présenter la réalité sociale ou d’exprimer la vision du monde d’une culture dominée. Le fait d’écrire dans la langue du colonisateur est ainsi assimilé métaphoriquement à la traduction d’une altérité qui se présente sous trois modalités : elle est une résistance au colonialisme et à l’impérialisme, une entreprise plurilingue et cultive une esthétique de l’hybridité de plus en plus affirmée.

Une esthétique de la résistance

Nombre d’auteurs postcoloniaux refusent l’idée de l’art pour l’art. Ils pratiquent une esthétique de la résistance, appuyée tant sur des essais de combat (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1950 [puis 1955 chez Présence Africaine pour l’édition que l’on peut considérer comme définitive] ; Albert Memmi, Portrait du colonisé, 1957 ; Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, 1961) que sur la poésie (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1956 pour l’édition définitive) ou le roman (Mongo Beti, Le Pauvre Christ de Bomba, 1956 ; Sony Labou Tansi, Les Sept Solitudes de Lorsa Lopez, 1985). Les revendications féministes s’y expriment d’autant plus fortement que les femmes subissent une double oppression en raison de leur genre et de leur statut dans la société coloniale puis post-coloniale (Simone Schwarz-Bart , Pluie et vent sur Télumée Miracle ; Aminata Sow Fall , La Grève des bàttu, 1980 ; Assia Djebar, Femmes d’Alger dans leur appartement, 1980). Il ne s’agit pas pour autant d’écritures étroitement manichéennes, mais plutôt d’une littérature engagée au sens où elle se veut d’abord la dénonciation d’un inacceptable, selon la formule de Chloé Chaudet, voire la proposition d’un modèle de société plus juste parce qu’adapté aux réalités autochtones. Au Québec, l’œuvre d’un Gaston Miron (1928-1996), qui invoque le modèle poétique d’Aimé Césaire, exprime une aliénation sociale et linguistique, mais veut également affirmer une culture francophone spécifique (L’Homme rapaillé, 1970). Au Maghreb, à partir de 1966, la revue marocaine Souffles rassemble les recherches de jeunes intellectuels (Abdellatif Laâbi, Mohammed Khaïr-Eddine, Abdelkébir Khatibi, Tahar Ben Jelloun) qui associent critique de l'idéologie bourgeoise et transformation des formes littéraires. Leurs œuvres privilégient la transgression des genres, la subversion langagière, la libération de l'imaginaire. Une recherche parallèle se développe en Algérie avec Nabile Farès et Habib Tengour.

Une esthétique du plurilinguisme

L’auteur francophone, pour qui le français est souvent une langue seconde, est un véritable passeur de langue, dont l’écriture maintient la tension qui existe entre deux ou plusieurs idiomes, ce que le Marocain Khatibi, entre arabe et français, appelle la bilangue. Dans la création postcoloniale, lorsque la langue du colonisateur a été acceptée, prise comme « un butin de guerre » (Kateb Yacine), elle va servir la force expressive de l’œuvre. Les auteurs s’approprient le français, en affichent les variantes (français d’Afrique, diversité des créoles) pour inventer une écriture métissée (Gisèle Pineau, La Grande Drive des esprits, 1993). À la suite d’Ahmadou Kourouma et de Sony Labou Tansi, certains écrivains africains entreprennent de « tropicaliser » la langue française. Aux Antilles, le mouvement de la créolité construit une langue littéraire à l’intersection du créole et du français (Patrick Chamoiseau, Solibo Magnifique, 1988), dynamique qui rejoint plus discrètement les îles de l’océan Indien (Axel Gauvin, L’Aimé, 1990) et que le Réunionnais Jean-Louis Robert nomme la « mélangue » (À l’angle Malang, 2004).

Une esthétique de l’hybridité

À partir des années 1990, les circulations des écrivains postcoloniaux les plus connus entre leur région ou leur pays et la France se font plus nombreuses. Par ailleurs, beaucoup appartiennent à une diaspora, à l’image des auteurs haïtiens qui publient en France ou au Québec (René Depestre, Dany Laferrière). Édouard Glissant [...]

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Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)
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Aimé Césaire

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Écrit par :

  • : professeur de littératures francophones et de littérature comparée, université Paris-Nanterre, membre de l'Institut universitaire de France

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Pour citer l’article

Jean-Marc MOURA, « POSTCOLONIALES FRANCOPHONES (LITTÉRATURES) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/postcoloniales-francophones-litteratures/