PHILIPPE III (1578-1621) roi d'Espagne (1598-1621)

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Né à Madrid, capitale du royaume d'Espagne depuis quelques années seulement, Philippe III est le fils de Philippe II et de la quatrième épouse de ce dernier, Anne d'Autriche. Il n'a hérité de son père ni l'énergie ni les capacités de gouverner. Ce jeune homme pâle et effacé allie à une totale absence de vices une apathie non moins totale. Déjà, avant la mort de Philippe II, il subit l'influence d'un noble valencien, le marquis de Denia, et, dès son avènement à l'âge de vingt ans, il s'empresse de renvoyer les ministres de son père pour les remplacer par les créatures de son favori, à qui il accorde le titre de duc de Lerme. Si Philippe III abandonne le pouvoir à ce dernier, il instaure une vie de cour brillante ; en effet, ses prédécesseurs menaient une existence austère, partagée entre les voyages dans leurs nombreux États (Charles Quint surtout) et les pieuses retraites (Philippe II en particulier) ; les grands, à l'égard desquels le pouvoir royal éprouvait une certaine défiance depuis la dernière révolte des comuneros en 1520, restaient confinés sur leurs terres ou recevaient un commandement pour guerroyer dans des pays lointains. Philippe III augmente le nombre de ses serviteurs, autorise les aristocrates à revenir à la cour, fait accéder à la grandesse de nombreux nobles, immobilisant une partie des richesses de l'État en leur faveur. L'inflation continue en ce début de siècle, et le train de vie luxueux du roi et des courtisans grève lourdement le budget de l'État. En outre, les besoins accrus des privilégiés entraînent l'afflux à Madrid d'une population qui délaisse l'agriculture pour les métiers subalternes. Tandis que le marasme économique s'aggrave à l'intérieur du royaume par suite de l'épuisement du métal précieux, des guerres coûteuses poursuivies depuis les règnes précédents (avec la Hollande et l'Angleterre notamment), auxquelles s'ajoute le conflit avec les Grisons en Valteline, le roi, après l'assassinat d'Henri IV en 1610, tente un rapprochement avec la France ; à cette fin, il négocie le mariage de sa fille aînée, Anne, avec le futur Louis XIII, et celui de son fils Philippe, futur Philippe IV, avec Isabelle de Bourbon (1612). De son union avec Marguerite d'Autriche, Philippe III a eu trois enfants : Charles, Ferdinand, connu dans l'histoire sous le nom du Cardinal-Infant, et Marie, qui épousera l'empereur Ferdinand III. Si les relations s'améliorent entre l'Espagne et la France, la trêve conclue avec la Hollande en 1609 n'empêche pas les corsaires de ce pays d'arraisonner à différentes reprises les galions espagnols revenant des Indes Occidentales. Par ailleurs, l'expulsion des Morisques, entre 1609 et 1613, prive le pays des bras nécessaires à l'agriculture et à l'industrie, et celles-ci entrent rapidement en décadence. Les cris d'alarme poussés par les arbitristas (donneurs d'avis) incitent le duc de Lerme à créer une commission de Réformes qui doit prendre des mesures économiques, après un bilan déposé par le Conseil de Castille ; ce dernier fait état de la misère, de la dépopulation, des impôts excessifs, et enjoint au roi de réduire ses dépenses et de purger la cour de ses parasites (1618-1619). Mais les appels de détresse ne sont guère entendus par Philippe III et le nouveau favori, le duc d'Uceda, propre fils du duc de Lerme. Il faudra attendre l'arrivée d'Olivares, le ministre de Philippe IV, pour que soient appliquées certaines réformes. En 1619, Philippe III fait un voyage au Portugal pour y faire reconnaître son héritier. Il tombe bientôt malade et sa santé ne cesse de s'altérer jusqu'à sa mort. Il laisse à son fils Philippe, alors âgé de seize ans, un royaume ruiné intérieurement et menacé à l'extérieur par les autres puissances européennes : l'Angleterre, la France et la Hollande.

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Marie-France SCHMIDT, « PHILIPPE III (1578-1621) - roi d'Espagne (1598-1621) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-iii/