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PENSER LA COMMUNICATION, Dominique Wolton Fiche de lecture

Directeur de recherche au C.N.R.S., Dominique Wolton est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés au thème de la communication et des médias, des Réseaux pensants (1978, en collaboration avec Alain Giraud et Jean-Louis Missika) à Internet (2000) en passant par Éloge du grand public (1990). Assorti d'un glossaire et d'extraits d'un rapport sur l'état des sciences de la communication, l'ouvrage de 1997 est conçu comme une synthèse de vingt années de recherches dédiées à l'analyse des rapports existant entre la communication et la société, abordés dans sept livres publiés de 1978 à 1994. Loin de se limiter à une étude du rôle des techniques de communication dans la société et d'en dénoncer les effets au nom d'un idéal normatif, la réflexion menée ici vise à « passer au crible de la communication la plupart des concepts de la société démocratique ».

Démocratie et communication : l'avènement de la société individualiste de masse

Penser la communication s'organise en six grandes parties : la première est consacrée à l'exposé du cadre général et des options théoriques retenues par l'auteur ; les cinq autres, à leur mise en application sur différents objets, la télévision, la politique, le journalisme, les nouvelles technologies et l'Europe.

Dans la première partie, l'auteur s'attache à montrer que la structure anthropologique fondamentale délivrée par la modernité à travers les notions d'égalité, de liberté et d'individualisme entretient historiquement des liens structurels avec la communication, forçant à recourir à une nouvelle notion : la « société individualiste de masse ». L'auteur brosse ensuite les différentes étapes de la construction institutionnelle de ce champ de recherches (organismes, politiques scientifiques, revues...), structuré autour de quatre positions théoriques dominantes (thuriféraire, critique, empiriste-critique et nihiliste).

Dans la deuxième partie, il présente la télévision généraliste comme l'un des plus puissants liens sociaux de cette société écartelée entre les deux pôles de l'individu et de la communauté, et appelé à devenir un facteur d'intégration et d'identité nationale. Grâce à la palette des programmes qu'elle offre, elle répond à l'hétérogénéité sociale et, au titre de sa gratuité et de son ouverture au plus grand nombre, elle incarne également l'une des figures de l'égalité.

L'entrée de la communication parmi les conditions de fonctionnement de la démocratie produit des effets pervers et des ruptures d'équilibre dont l'auteur entreprend l'examen à un triple niveau dans la troisième partie : d'abord, à travers l'hégémonie manifeste des médias, visible dans la logique de l'événement et de l'instant qu'ils instaurent au détriment de la compréhension des situations, et dans la fonction de médiateurs qu'usurpent les journalistes ; ensuite, dans le champ de la communication politique, placée sous la tutelle totale de l'opinion publique, des sondages et de la figure de l'expert qui illustre bien la crise actuelle de la représentation ; enfin, en revenant sur la question de l'espace public et des limites à donner à son idéal de transparence, en y faisant dialoguer ensemble différentes communautés.

Le basculement de l'idéal à l'idéologie de l'information est l'objet de la quatrième partie, qui débute par la mise en évidence des cinq éléments symptomatiques de ce dévoiement : refus de toute critique du travail journalistique ; changement de statut de l'information, soumise de façon croissante à une logique de révélation ; fonction de sélection des informations par les journalistes ; complexification du rôle des médias ; perte de confiance du public envers les journalistes.[...]

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Écrit par

  • : docteur en sociologie, D.E.A. de philosophie, maître de conférences à l'université de Paris V-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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