Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

PATRIMOINE INDUSTRIEL EN ITALIE

Les orientations de la recherche

En France, le ministère de la Culture (en Italie : Ministerio dei Beni ambientali e culturali) inscrit depuis les années 1960 dans ses missions propres l'inventaire, en préalable ou en parallèle à l'étude approfondie, selon une démarche normalisée qui se diffuse à travers ses directions régionales et tend vers l'uniformisation et la centralisation. Tel n'est guère le cas en Italie, où l'initiative est plus localisée. Citons à titre d'exemple le monumental recensement publié par la municipalité de Turin sous la forme de deux volumes intitulés Acqua, ruote e mulini a Torino (1988) grâce aux recherches d'une équipe de l'Istituto Politecnico ; ou encore I monumenti storico-industriali della Lombardia (1984), sept cents pages de fiches documentaires et de photographies dues à la collaboration de la S.I.A.I. (Società Italiana per l'Archeologia Industriale) et de la Regione Lombardia. Mais c'est rejeter dans l'oubli bien d'autres inventaires, plus modestes mais fort érudits, consacrés à l'équipement industriel de nombreuses vallées montagnardes, en particulier. Dans le Mezzogiorno aux moyens plus réduits, l'activité de recherche est pourtant très vivante aussi, sous l'impulsion de professeurs napolitains tels que Cesare De Seta et Augusto Vitale, éditeurs depuis 1980 d'un Bollettino, pauvre dans sa présentation, mais riche de contenu, organe d'une association d'archéologie industrielle autonome. L'industrialisation du royaume de Naples sous les Bourbons, dans les cent années qui précédèrent l'Unité, leur fournit une riche matière à investigations, de la fabrique royale d'armes de Torre Annunziata à la manufacture de tapisseries, soieries et draperies de San Leucio, des forges de Pietrarsa aux papeteries d'Amalfi, du premier pont suspendu sur le Garigliano aux funiculaires de Naples... Au Piémont, en Émilie-Romagne, à Venise, l'infrastructure universitaire, particulièrement puissante, sert de support à des recherches thématiques cohérentes dont bénéficie toute l'histoire de l'hydraulique appliquée à l'industrie : textile, métallurgique, papetière.

La « restitution » au public de l'investissement proprement scientifique n'est jamais oubliée en Italie et, bien plus durablement qu'à travers des expositions, même bien orchestrées par la publicité, c'est dans le cadre d'innombrables musées que désormais elle s'effectue. La taille d'un article n'autorise que quelques coups de projecteur, nécessairement injustes. Des formules très variées fonctionnent ou sont à l'étude. La Fondazione Micheletti à Brescia ambitionne d'ouvrir un musée des techniques. La Région valdotaine est engagée dans la constitution d'un musée des mines de fer et de la sidérurgie. Les minerais, ferreux et non ferreux, et les métallurgies associées font l'objet de la mise en place d'une structure de « musée éclaté » en Toscane. Mais l'expérience sans conteste la plus originale paraît être celle du musée-laboratoire Aldini-Valeriani de Bologne, qui a débouché en 1997 sur le musée du Patrimoine industriel, logé dans une ancienne usine de céramique industrielle à la lisière nord de la ville. Une muséologie et une pédagogie d'avant-garde s'efforceront d'y réaliser une liaison efficace entre la mémoire du patrimoine industriel et du savoir technique d'un quartier, et même de toute une ville, et l'orientation de cette dernière et de ses habitants vers l'avenir et vers un développement différent.

— Louis BERGERON

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Circuit automobile de l'usine Fiat Lingotto, Turin

Circuit automobile de l'usine Fiat Lingotto, Turin

Usine Fiat de Turin, 1919

Usine Fiat de Turin, 1919

Voir aussi