MANSON PATRICK (1844-1922)

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Sir Patrick Manson est un médecin écossais connu pour ses travaux fondateurs en parasitologie et pour la formulation de la notion de « médecine tropicale ». Il naît le 3 octobre 1844 à Old Meldrum, près d’Aberdeen, dans une famille presbytérienne aisée de trois garçons (il est le deuxième) et quatre filles. Il étudie à Aberdeen, se passionne pour l’histoire naturelle et se retrouve apprenti chez un maître de forges en 1859. Atteint d’une forme osseuse de tuberculose, il quitte ce travail et entreprend des études à l’université d’Aberdeen dont il sort médecin en 1865. Il travaille alors à l’hôpital psychiatrique de Durham, et devient docteur en chirurgie, médecine et droit en 1866 après une thèse sur le cerveau de malades mentaux.

Statuette de malade affecté par un éléphantiasis scrotal

Photographie : Statuette de malade affecté par un éléphantiasis scrotal

L'éléphantiasis est dû à un ver parasite qui, s'il vient à obturer un vaisseau lymphatique, provoque un œdème massif de l'organe touché. Cette maladie était fréquente dans les régions intertropicales, ce dont témoigne cette statuette de bronze du Nigeria d'un homme affecté d'un... 

Crédits : Science & Society Picture Library/ SSPL/ Getty Images

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L’aventure scientifique de Patrick Manson commence réellement avec son départ en 1855 pour Formose (auj. Taïwan) comme médecin auprès des douanes chinoises (Imperial Maritime Customs Service). Il restera en Chine jusqu’en 1889 – à Formose, puis Amoy (aujourd’hui Xiamen) et Hong Kong – et y réalisera ses principales observations sur les maladies tropicales. En effet, outre ses activités d’inspection des bateaux et des équipages, il soigne des malades chinois au sein d’un hôpital de mission local. Il apprend le mandarin et accumule une masse d’informations sur des maladies dont aucun médecin britannique n’a jamais eu connaissance. Il s’intéresse tout particulièrement à la filariose, très invalidante (éléphantiasis) lorsque le ver qui la provoque (la filaire de Bancroft, Wuchereria bancrofti) entrave la circulation de la lymphe.

Entre 1877 et 1878, Manson démontre successivement que cette maladie est transmise par un moustique (Culex quinquefasciatus) ; que la forme du ver parasite présente dans le sang humain reste à l’état d’embryon ; que c’est cette forme qui passe dans un moustique lors d’un repas de sang ; enfin, que la reprise de son développement qui le rend infectieux pour l’homme exige sa maturation dans le tube digestif de l’insecte. La forme ainsi « maturée » peut infecter un homme lors d’un second repas de sang. En d’autres termes, le moustique n’est pas seulement un agent de propagation de la maladie comme le serait une seringue, il est un hôte nécessaire pour la réalisation de son cycle biologique. Ses résultats, publiés dans une revue locale, parviennent à la Société linnéenne de Londres en 1879.

Manson, présent à Hong Kong de 1883 à 1889 fonde le Collège de médecine pour les Chinois, qui deviendra l’université de Hong Kong en 1911. De retour à Londres en 1889, il sera certes médecin dans un hôpital pour marins, mais il s’attachera surtout à la mise en forme de ses nombreuses observations et à l’enseignement des maladies tropicales. En 1894, il propose une hypothèse sur la transmission de l’agent du paludisme (découvert par Alphonse Laveran en 1880) par des moustiques, avec une étape nécessaire de maturation dans le tube digestif de l’insecte. En 1899, il fonde la célèbre London School of Hygiene and Tropical Medicine liée au Colonial Office, pendant londonien de la non moins célèbre Liverpool School of Tropical Medicine, liée au commerce lointain. Son manuel Manson's Tropical Diseases: a Manual of the Diseases of Warm Climates (1898) constitue une référence dans ce domaine et connaîtra de nombreuses éditions.

Manson aura par ailleurs guidé les travaux de Ronald Ross, qui décrira le cycle de l’agent du paludisme chez l’oiseau (1898), tandis que Giovanni Battista Grassi démontrera la transmission du paludisme à l’homme (1899). Le fait que Ross ne reconnaisse pas la contribution de Manson lorsqu’il reçoit le prix Nobel de médecine ou physiologie en 1902 créera une brouille durable entre les deux hommes.

De fait, les travaux de Manson sont à l’origine d’une représentation nouvelle de certaines maladies parasitaires, une sorte de paradigme parfaitement original en médecine des maladies infectieuses. En raison de son état de santé, Manson se retire de la plupart de ses activités à partir de 1910 et mourra le 9 avril 1922 à Londres.

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Écrit par :

  • : chercheur en histoire des sciences, université Paris-VII-Denis-Diderot, ancien chef de service à l'Institut Pasteur

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MALADIES À VECTEURS

  • Écrit par 
  • Gabriel GACHELIN
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Dans le chapitre « Historique des maladies à vecteurs »  : […] La conviction que les maladies infectieuses étaient dues à des « microbes » s'impose à partir de 1870. La recherche de l'agent infectieux dans l'environnement du malade prend alors le dessus sur la cartographie de la distribution des maladies, comme celle qui fut réalisée en 1854 par John Snow (1813-1858) à Londres pour le choléra ou encore celles qui furent menées de manière systématique par les […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gabriel GACHELIN, « MANSON PATRICK - (1844-1922) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patrick-manson/