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PATAÑJALI LE GRAMMAIRIEN (IIe s. av. J.-C. ?)

Le contenu du « Mahābhāṣya »

L'introduction, appelée « Paspaśā », est un morceau célèbre. Elle définit le sujet de la grammaire, à savoir les mots du vedaet de l'usage courant, définit la notion de parole, sons qui procurent la connaissance d'objets, la forme sonore étant ce dont traite directement la grammaire. Elle expose les buts de la grammaire : conservation des veda en premier ; correction dans l'exécution du rituel, qui n'est efficace que si la forme des mots utilisés est respectée ; compréhension exacte du sens, une bonne connaissance de la grammaire permettant seule de résoudre des ambiguïtés, etc. Il est affirmé que c'est un devoir pour le brahmane d'apprendre la grammaire, la classe des brahmanes se définissant plus par sa fonction intellectuelle que par sa fonction religieuse. Il est montré que la grammaire est le seul moyen économique d'acquérir la connaissance de la langue correcte. Le nombre des mots, de leurs formes, de leurs combinaisons syntaxiques est trop élevé pour que l'on puisse les apprendre individuellement par expérience et mémorisation. La grammaire, en revanche, offre des règles communes à des classes entières de formes. La méthode de la grammaire est clairement présentée : règles générales entravées par des règles particulières, etc. L'autorité de la règle est discutée. Le grammairien, en principe, ne crée pas le langage, qui est considéré comme existant déjà. « Le mot, le sens et leur relation sont éternels..., dit Patañjali, parce que dans le monde on emploie les mots alors qu'on connaît déjà tous les sens, mais on ne fait pas d'effort pour en créer, tandis que, pour les objets qui sont produits, l'on fait effort pour en créer. Par exemple, celui qui va faire quelque chose avec un pot va chez un potier et lui dit : « Fais-moi un pot, je vais faire telle chose avec. » Mais celui qui va employer des mots ne va pas chez un grammairien lui dire : « Fais-moi des mots, je vais les employer. » Simplement, il emploie les mots, en connaissant déjà tous les sens. » Le grammairien décrit donc un donné. Patañjali s'est alors demandé si les règles pâninéennes qui définissent une compétence d'une forme à l'emploi, non un ensemble fini d'attestations, ne risquent pas de produire de nouveaux mots. En fait, Patañjali accorde une extrême confiance à Pāṇini. Cette confiance sera entretenue dans toute la tradition indienne et à partir du jour où le sanskrit cessera d'être vivant, l'usage ne freinant plus l'application des règles, le produit des règles de Pāṇini deviendra la norme.

Revenant aux buts de la grammaire, Patañjali affirme qu'il y a un mérite à bien parler en connaissant la grammaire, et que la parole purifiée par cette connaissance procure le svarga, c'est-à-dire une récompense dans l'au-delà. Il inaugure ainsi une longue histoire de spéculations sur la valeur sotériologique de la parole.

Le corps du Mahābhāṣya est l'examen critique des règles de Pāṇini et des adjonctions de Kātyāyana. Patañjali examine 1713 sūtra seulement. Le commentaire type est le suivant : un premier interlocuteur met en question l'utilité d'un mot dans une formule ou montre des défauts d'application d'une règle comprise d'une certaine façon. Une réponse lui est donnée qui n'est pas nécessairement finale. Les interlocuteurs sont nombreux. Et l'on voit diverses thèses s'affronter. Le plus souvent les défauts observés dans l'application d'une règle sont éliminés par une réinterprétation de la règle. Les procédés d'interprétation sont multiples, souvent périlleux, mais toujours parfaitement logiques. L'exégèse dans ce cas n'est pas la recherche de la conscience de l'auteur, mais l'adaptation à des données auxquelles l'auteur pouvait n'avoir pas pensé. Fréquemment, le débat s'étend à l'examen de[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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