PALATIN, Rome, archéologie

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Le Palatin impérial et la formation des palais

Le contexte légendaire explique l'installation d'Auguste à l'angle sud-ouest de la colline plutôt que dans sa maison natale, située ailleurs sur le Palatin. Dès 40 avant J.-C., le futur empereur, qui cherche bientôt à apparaître comme un nouveau fondateur de Rome, fait acheter ou confisque plusieurs domus qu'il transforme tout en préservant l'autonomie de certaines. Ainsi la Maison de Livie et celle de l'orateur Hortensius – où il s'installe – continuent-elles d'être séparées par une rue. L'ampleur des autres acquisitions est inconnue, mais des témoignages archéologiques et littéraires suggèrent que les propriétés familiales s'étendaient du Germal au nord-ouest de la colline. On doit cependant encore parler de domus, même si celle-ci est particulière.

Prenant en effet le contre-pied de l'aristocratie, Auguste insiste sur la modestie de sa demeure, la simplicité de son train de vie – celui d'un simple citoyen – et sur le caractère officiel et sacré de sa résidence qui s'efface derrière les sanctuaires qu'elle accueille. Le temple d'Apollon (28 av. J.-C.), son décor et ses portiques évoquent la nouvelle ère qu'inaugure, sous les auspices du dieu, la victoire sur Antoine à Actium en 31 avant J.-C. ; le sanctuaire de Vesta (12 av. J.-C.) rappelle que le prince est aussi Grand Pontife, qui comme tel occupe une domus publica. Enfin, le Sénat se réunit, d'abord occasionnellement puis régulièrement à la fin du règne, sous les portiques et dans les bibliothèques attenantes au temple d'Apollon. Ces associations monumentales, qui trahissent un évident souci de mise en scène – le temple domine le Circus Maximus –, évoquent discrètement aussi certaines demeures princières hellénistiques antérieures, comme à Pergame. Cultivant volontiers l'ambiguïté, Auguste fait de sa résidence à la fois une domus, une instance politique et religieuse et un « lieu de mémoire », mais pas un palais au sens classique du terme : d'autres monuments (le théâtre de Marcellus ; l'ara pacis, « autel de la paix » ; ou le forum d'Auguste) illustrent les ambitions monarchiques et dynastiques du princeps.

On sait peu de chose sur la résidence des successeurs immédiats d'Auguste. Toutefois, l'attribution traditionnelle à Tibère de la plate-forme artificielle de plus d'un hectare qui supporte les jardins Farnèse doit être abandonnée. Les fouilles de Clemens Krause dans les années 1980 ont prouvé que les substructions de la « Domus Tiberiana », construites suivant un système modulaire précis et destinées à soutenir un bâtiment massif comprenant jardins suspendus et cryptoportiques, dataient de Néron et recouvraient des domus antérieures. Jusqu'à cet empereur, le « palais » ressemblerait plutôt à une espèce de « cité interdite » composée de maisons particulières et parcourue de venelles et de rues, comme le décrit l'historien antique Flavius Josèphe (Antiquités judaïques, 19, 117) : des fouilles, conduites au pied nord-ouest de la colline, semblent avoir confirmé l'existence, sous des vestiges datant de Domitien, de la maison de Caligula, là où le suggéraient les sources écrites.

Il faut donc attendre Néron et la fin de la dynastie julio-claudienne pour qu'apparaisse le premier véritable palais unitaire. Son nom – Domus Tiberiana – conserve sans doute le souvenir d'une situation précédente, mais le bâtiment fait lui-même partie d'un vaste domaine que Néron réalise à la faveur de l'incendie de 64 après J.-C. : le parc de la Domus Aurea, qui englobe le Palatin, la Vélia, le Caelius et l'Esquilin, et dans lequel sont bâties différentes constructions. Sur le Palatin, la trace de plusieurs pavillons a ainsi été retrouvée sous l'ensemble flavien postérieur. La Domus Tiberiana représente vraisemblablement le palais urbain, tandis que la villa à portique, qui se situe sur l'Oppius et à laquelle on réserve, un peu à tort, le nom de Domus Aurea serait la résidence privée de l'empereur.

Dès les Flaviens (70-96 apr. J.-C.), ce parc est démantelé et la Domus Tiberiana réaménagée. La construction d'horrea (greniers), sur la pente septentrionale de la colline, contribue à isoler le palais néronien du reste de la Ville. Sa façade, jusque-là orientée sur le Forum, perd alors sa principale entrée monumentale et s'align [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art et d'archéologie à l'université de Tours, agrégé de l'Université, ancien membre de l'École française de Rome et de l'École normale supérieure

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  • Écrit par 
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Manuel ROYO, « PALATIN, Rome, archéologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/palatin-rome-archeologie/