NOIRS AMÉRICAINS

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Instauration de la ségrégation

L'esclavage

Les Noirs sont intimement liés à tout le développement économique des colonies anglaises, puis des États-Unis, mais n'ont guère posé de problème jusqu'à leur émancipation, en 1863-1865, au moment de la guerre de Sécession.

Les premiers Noirs furent débarqués sur le continent nord-américain, en 1619, à Jamestown, en Virginie, en tant que « travailleurs sous contrat ». Ils firent immédiatement apprécier leurs services dans ce pays chaud, riche, mais dépourvu de main-d'œuvre, puisque les Blancs supportaient difficilement le climat et que les Indiens se refusaient à travailler pour eux.

L'importation des Noirs alla de pair avec le développement des plantations dans les colonies du Sud et du Centre, mais resta très limitée en Nouvelle-Angleterre où, pour des raisons sociales et climatiques, la plantation ne pénétra jamais. Pendant les xviie et xviiie siècles, les négriers de Bristol ou de Newport (Rhode Island) débarquèrent par milliers des Noirs africains, achetés à vil prix sur les côtes de Guinée et revendus dans les villes du Sud ou les ports des Antilles. Ils étaient principalement employés dans la culture du riz, de l'indigo, de la canne à sucre et surtout du tabac, la principale production des plantations au xviiie siècle. Esclaves, ils ne possédaient aucun droit, pouvaient être vendus comme une simple marchandise, avec ou sans famille, suivaient le sort de la plantation à laquelle ils étaient attachés. Leur maître possédait un droit absolu sur eux, puisqu'ils n'avaient aucune capacité juridique.

Traite des Noirs

Photographie : Traite des Noirs

Des Africains arrachés à leur terre sont enchaînés et entassés dans la cale d'un navire négrier. Après la traversée de l'Atlantique, ils seront esclaves au Nouveau Monde. Gravure, 1835. 

Crédits : Rischgitz/ Getty Images

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Au moment de l'Indépendance, on estime leur nombre à environ 700 000, dont plus des trois quarts dans le Sud. À titre d'exemple, le Massachusetts en comptait alors 5 000, et l'État de New York, 20 000. Aucune mention n'est faite des Noirs dans la Constitution de 1787, si ce n'est qu'ils étaient pris en compte pour les trois cinquièmes de leur nombre pour la délimitation des circonscriptions électorales et la répartition des impôts entre les États.

Dès ce moment, apparaissent, de-ci de-là, des tendances favorables à leur émancipation, trop limitées pourtant pour aboutir à une action quelconque. La Constitution se bornait à interdire la traite dans un délai de vingt ans, c'est-à-dire à partir du 1er janvier 1808. En fait, elle continua, de façon illégale, à un rythme inférieur toutefois à celui de la période précédente. D'autre part, la « grande ordonnance » de 1787, qui préludait à l'organisation des territoires du Nord-Ouest, interdisait l'importation d'esclaves dans les nouveaux territoires. En fait, l'esclavage disparut, entre 1787 et 1810, dans les États situés au nord de la ligne Mason-Dixon, c'est-à-dire pratiquement au nord du Maryland, à la fois parce qu'il n'y avait pas de plantations et que les législations locales l'interdisaient. En droit, les Noirs qui y vivaient étaient des hommes libres ; dans la réalité, ils n'avaient pas la possibilité d'exercer ces droits et vivaient, méprisés, en marge de la société.

Si l'esclavage survécut dans les États du Sud après l'Indépendance, la raison doit en être cherchée dans la situation économique. Les besoins en coton de l'Europe industrielle, associés à la découverte du coton à courte fibre et à la machine à égrener le coton (1793), stimulèrent les plantations qui gagnèrent peu à peu vers l'Ouest, jusqu'en Alabama, Arkansas, Texas. Du même coup, la demande d'esclaves augmenta, et le régime servile manifesta, dans la première moitié du xixe siècle, une vigueur inconnue précédemment. À défaut d'importations de Noirs d'Afrique, les vieux États du Sud (Virginie, Carolines) se spécialisèrent dans l'élevage d'esclaves, revendus ensuite aux nouveaux États cotonniers. Le nombre d'esclaves noirs atteignit quatre millions en 1860, en même temps que leur valeur augmentait, passant de quelques centaines de dollars à la fin du xviiie siècle à environ deux mille dollars, cinquante ans plus tard. Pour leurs propriétaires, les esclaves représentaient alors une valeur au moins égale (et, en général, supérieure) à la terre qu'ils cultivaient.

De nombreux Américains reconnaissaient l'anomalie de l'existence de la Pecu [...]

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Lyndon Johnson et Martin Luther King, 1964

Lyndon Johnson et Martin Luther King, 1964
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Traite des Noirs

Traite des Noirs
Crédits : Rischgitz/ Getty Images

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Charleston en ruines

Charleston en ruines
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Portrait de Booker T. Washington, H. O. Tanner

Portrait de Booker T. Washington, H. O. Tanner
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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris
  • : chargé de recherche au Centre d'études et de recherches internationales

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Pour citer l’article

Claude FOHLEN, Daniel SABBAGH, « NOIRS AMÉRICAINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/noirs-americains/