PEVSNER NIKOLAUS (1902-1983)

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Sir Nikolaus Pevsner fait partie de la génération de savants et d'intellectuels allemands chassés de leur pays par la montée du nazisme. Contrairement à Erwin Panofsky qui choisit les États-Unis, Pevsner préféra — à l'instar des Viennois Ernst Gombrich (qui devint directeur de l'institut Warburg transporté à Londres), Ludwig Wittgenstein ou Karl Popper — s'établir en Angleterre où il connut une brillante carrière universitaire.

Il devint, dès lors, l'un des principaux protagonistes de l'histoire de l'architecture dans ce pays et jouit en même temps d'une renommée internationale. Pevsner sut, en effet, joindre à une grande rigueur intellectuelle le goût des larges synthèses ; professeur avant tout, il se plut à multiplier les ouvrages destinés à un public élargi. Dans le même esprit, il fut l'animateur de plusieurs sociétés (dont la Victorian Society), le rédacteur infatigable de l'Architectural Review et aussi le promoteur de l'inventaire exhaustif des monuments remarquables d'Angleterre. Couvert d'honneurs en Grande-Bretagne et aux États-Unis, il fut anobli par la reine. Cependant, sa notoriété et surtout les positions tranchées qu'il a toujours défendues à propos du « mouvement moderne » ont fait de lui, à partirdes années 1970, la cible favorite de certains historiens. C'est ainsi que Pevsner est la figure centrale du pamphlet de David Watkin, Morale et architecture aux XIXe et XXe siècles (Oxford, 1977, éd. franç., Bruxelles, 1979). Face à la polémique, il paraît nécessaire de prendre un certain recul en analysant l'évolution de la démarche de Pevsner et en rappelant le foisonnement d'une œuvre dont malheureusement fort peu de titressont traduits en français.

Né à Leipzig en 1902, Pevsner poursuivit ses études universitaires tant à Leipzig qu'à Munich, Berlin et Francfort, villes qui ont (comme Hambourg ou Vienne) formé dans les premières décennies du siècle une génération de chercheurs aussi attachés aux valeurs de l'interprétation iconographique qu'à celles de l'analyse formelle. En 1924, Pevsner soutint une thèse de doctorat sur l'architecture baroque allemande. Conservateur adjoint au musée de Dresde (1924-1928), il consacre ses premiers travaux à la peinture maniériste en Italie (« Gegenreformation und Manierismus », in Repertorium für Kunstwissenschaft, 1925 ; repris en anglais dans le tome I de Studies in Art, Architecture and Design, Londres, 1928). Cette importante étude place Pevsner dans la descendance directe de Burckhardt et de Wölfflin. Du premier, il reprend la conception d'une histoire de l'art qui se veut surtout histoire culturelle et sociale, du second il développe l'idée selon laquelle le style d'une époque se définit plus en vertu d'une approche globalisante qu'en fonction des réalisations individuelles de quelques grands artistes. Les années de jeunesse de Pevsner — il enseigna ensuite de 1929 à 1933 à Göttingen — correspondent donc à l'élaboration d'une pensée fortement marquée par un déterminisme qui puise ses origines dans les concepts de Volksgeist (caractère national) et de Kunstwollen (sorte d'inconscient collectif). Une fois en Grande-Bretagne (où il enseigne pendant plus de vingt ans à Oxford et à Cambridge), Pevsner publie le texte d'une série de conférences à la B.B.C., The Englishness of English Art (1955), où il tente de vérifier sa méthode sur l'art anglais pour en tirer quelques éléments permanents. Parallèlement, il s'intéresse à d'autres formes « régulatrices » de la production artistique et publie Academies of Art, Past and Present (1940 ; rééd. New York, 1973).

Mais son livre le plus célèbre, qui contient l'essentiel de son enseignement universitaire, reste An Outline of European Architecture, 1942 (Génie de l'architecture européenne, 1965, rééd. 1991). Il y affirme dans l'introduction la primauté absolue de l'architecture dont l'histoire est avant tout « l'histoire de l'homme modelant l'espace ». D'ailleurs, « cette supériorité artistique se double d'une supériorité sociale. Ni la sculpture, ni la peinture, bien que toutes deux soient enracinées dans les instincts élémentaires de création et d'imitation, ne nous entourent au même degré que l'architecture, n'agissent sur nous de manière aussi incessante et aussi omniprésente. » Il fait preuve dans son livre d'une vaste culture mais surtout de virtuosité dans l'analys [...]

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  • : ingénieur au C.N.R.S., enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

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Pour citer l’article

Monique MOSSER, « PEVSNER NIKOLAUS - (1902-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nikolaus-pevsner/